Gianluigi Buffon : « Après 30 ans, un gardien sait comment aborder les matchs importants »



Gianluigi Buffon est revenu pour FFT sur quelques moments de sa formidable carrière. Son transfert astronomique en 2001 en provenance de Parme. Sa dépression il y a dix ans. Son année en Serie B. Le plus grand gardien de l’histoire n’a éludé aucun sujet.

Avec plus de 1 000 matchs à son actif en clubs et pour son pays, sans oublier neuf titres de champion, cinq trophées nationaux, la Coupe de l’UEFA et une Coupe du Monde, Buffon est devenu l’un des meilleurs joueurs de tous les temps. FourFourTwo a rencontré le gardien du Paris Saint-Germain pour une large réflexion autour de sa magnifique carrière.

Est-il vrai que vous avez commencé le football comme milieu de terrain ? Et comment vous êtes-vous retrouvé dans une cage ?
Oui, c’est vrai. Je suppose que chaque enfant commence à jouer au football en voulant marquer des buts plutôt que les empêcher. Étais-je aussi attaquant ? Oui, pendant un moment. J’étais assez bon et j’ai aimé ça. Puis j’ai fini dans le but par hasard. Mon père m’a poussé un peu mais je voulais aussi ressembler à Thomas N’Kono, le gardien camerounais. J’étais un peu réticent au début mais pendant la Coupe du Monde 1990, je regardais cette grande équipe camerounaise. Et N’Kono était un membre si important de l’équipe.

Votre père a pris la deuxième place d’un Championnat d’Europe junior d’athlétisme et votre mère était une championne du lancer de poids et du disque. Vous a-t-elle appris à lancer un ballon de football ?
Mon père, ma mère, ma sœur, tout le monde. Ma mère avait le record national de la discipline. Et mon père était aussi un très bon athlète. J’ai une famille très sportive et je pense que cela m’a aidé à grandir. Vous prenez le sport plus au sérieux dans ce genre d’environnement. Et vous avez le soutien de votre famille, ce qui est important.

Qui étaient vos héros sportifs quand vous étiez enfant ?
J’en avais beaucoup mais aucun n’était particulièrement conventionnel. Comme je vous l’ai dit, il y avait N’Kono et son coéquipier Roger Milla. J’ai vraiment aimé regarder le Cameroun en 1990. C’était ma deuxième équipe après l’Italie. Mais j’étais aussi un grand fan de tennis et j’ai toujours aimé Ivan Lendl, Stefan Edberg et Pat Rafter.

Vous avez débuté votre carrière avec Parme en affrontant le Milan de Weah, Baggio et Savicevic. Étiez-vous aussi confiant qu’aujourd’hui ?
C’était une belle journée, une belle expérience. L’accomplissement d’un rêve pour lequel j’avais travaillé pendant des années. Et j’ai fait un bon match. Je n’ai pris aucun but et le match s’est terminé sur un 0-0. J’étais confiant et surtout là où je voulais être.

On a beaucoup parlé du prix de votre transfert (45 M€) lorsque vous avez rejoint la Juventus en 2001…
C’était une grande satisfaction pour moi et je n’ai vraiment eu aucun problème avec ce montant. A cette époque, on me considérait comme un phénomène en quelque sorte. La Juventus est venue me voir jouer et a lâché beaucoup d’argent pour moi. Si j’avais coûté seulement 5 M€, cela n’aurait pas été aussi impressionnant. Mais c’est le marché des transferts qui détermine le prix des joueurs. Un bon gardien est essentiel pour une bonne équipe, au même titre qu’un bon attaquant. Et parfois, un gardien est tout aussi cher. Aurais-je signé pour la Juve pour cinq millions ? Oui, bien sûr. Mais je ne suis pas sûr que Parme aurait été aussi heureux.

Vous avez souffert de dépression il y a 10 ans, au point de redouter de vous retrouver sur un terrain. Qui était au courant et pourquoi n’avez-vous pas fait un break avec le football ?
Qui le savait ? Moi, je le savais. Et je voulais garder ça pour moi parce qu’au début, je n’avais pas vraiment l’opportunité d’en parler. Mais très progressivement, j’en ai parlé à des amis, à des coéquipiers, à des gens très proches de moi. J’ai commencé à comprendre que j’avais un problème et que c’était quelque chose qui pouvait être traité puis guéri. Je n’ai pas fait de pause avec le football car j’ai ressenti cette grande responsabilité envers mes coéquipiers et envers les gens qui comptaient sur moi. Je ne voulais pas les laisser tomber. J’avais aussi un championnat d’Europe à disputer. Cela m’a aidé de voir un psychologue mais comme je l’ai dit, le soutien des amis et des coéquipiers a été une grande chose pour moi.

Comment avez-vous vécu le scandale de Calciopoli en 2006, juste avant le sacre en Coupe du Monde ?
Sur le plan professionnel, en tant que joueur, cela a été dévastateur. On m’a privé de plusieurs titres. Puis nous sommes arrivés à la Coupe du Monde en Allemagne en étant le centre d’attention. Mais aussi avec la conviction que dans ce moment délicat, nous devions faire quelque chose de grand sur le terrain pour répondre à tout ce qui se passait. Nous étions déterminés mais je ne pensais pas vraiment que nous allions gagner le tournoi. Honnêtement, je ne suis pas sûr que le Calciopoli y soit pour grand-chose.

Quel est le plus bel arrêt de votre carrière ? Cette claquette après la tête de Zidane en finale de la Coupe du Monde ?
C’était probablement le plus important de ma carrière en effet. Mais je ne suis pas sûr que ce soit vraiment le plus beau. Franchement, je ne sais pas. Mais oui, c’était le plus important.

Était-ce un choix évident de rester à la Juventus quand le club a été rétrogradé en Serie B alors que des joueurs comme Patrick Vieira et Zlatan Ibrahimovic s’en allaient ?
C’était très facile de rester car ils m’ont versé une grosse somme d’argent ! Non, non, je plaisante évidemment. C’était tout le contraire. Jouer une année en Serie B n’était pas un choix logique mais un choix du cœur. D’autres joueurs de l’équipe ont fait un autre choix. C’était à eux de décider. Certaines décisions dans la vie peuvent être difficiles mais elles font de vous la personne que vous êtes. La Serie B était une expérience mais j’ai des sentiments mitigés à ce sujet. Dire que j’ai apprécié cette saison, ce ne serait pas le bon mot. Mais oui, cela a été une expérience.

Quel est le joueur face auquel vous n’aimiez pas vous retrouver ?
Le meilleur joueur que j’ai affronté était Ronaldo, le Brésilien. C’était un champion sans égal, un joueur incroyable. Et si je dois citer un joueur italien, ce serait Roberto Baggio.

Antonio Conte est-il plus impressionnant en tant que coéquipier ou en tant que coach ?
En tant que coéquipier, c’était un excellent joueur, très charismatique, toujours un bon exemple sur le terrain pour les autres. Et maintenant qu’il est entraîneur, je pense qu’il est également très bon. Était-ce un peu étrange d’être sous ses ordres à Turin ? Non, pas du tout. Il a toujours eu ce gène de l’entraîneur, bien avant qu’il ne le devienne.

Andrea Pirlo a déclaré un jour que son casier dans le vestiaire de la Juventus était l’endroit le plus dangereux de Turin, en raison de sa proximité avec la porte que Conte franchissait à la mi-temps pour vous parler avec passion. Est-ce le coach le plus enflammé que vous avez eu ?
C’est un entraîneur qui aime vraiment transmettre son énergie aux joueurs. S’il est en colère contre quelque chose qui s’est passé sur le terrain, alors il vous le fait savoir. Est-ce que Capello était encore pire ? Non ! Conte reste un jeune entraîneur qui vit à fond les 90 minutes d’un match. Il y met vraiment toute son énergie. Un entraîneur comme Capello, avec toute cette expérience, peut parfois avoir un peu plus de recul.

Vous souvenez-vous de cette scène en quart de finale de l’Euro 2012. Vous aviez mis une petite gifle amicale à Steven Gerrard avant la séance des tirs au but. Vous sembliez si détendu…
Et pourtant, je ne l’étais pas. D’ailleurs, je ne le suis jamais avant une séance de penaltys. Vous avez 50% de chances de gagner mais aussi 50% de chances de perdre. Je sais qu’on attend toujours de moi que je repousse un ou deux tirs. Si je ne fais pas, je serai jugé très sévèrement par la presse. Donc non, je ne peux pas être zen avant une séance comme celle-là.

Est-il vrai que Mario Balotelli s’en était pris aux joueurs de la Juventus pour avoir perdu la finale de l’Euro 2012 contre l’Espagne ?
Non, non, ce n’est pas vrai. [Rires] De toute façon, il ne pouvait pas vraiment dire ça vous savez. Il y avait quand même pas mal de joueurs de la Juve dans cette équipe !

A quoi pensiez-vous en chantant l’hymne italien ?
J’étais juste heureux et honoré d’être italien. Et d’avoir la chance de pouvoir représenter mon pays.

Qui a été votre partenaire le plus fou ?
Rino Gattuso ! Nous avons toujours une amitié proche et il peut vraiment me faire rire. Ah, Rino…

Qu’auriez-vous fait sans le football ?
Je n’en ai aucune idée parce que depuis mon enfance, j’ai poursuivi ce rêve de devenir footballeur et je n’ai jamais pensé que cela n’arriverait pas. Il n’y a jamais eu un moment où j’ai pensé à faire autre chose.

Vous avez souvent parlé du football comme un jeu. Est-ce encore possible de s’y amuser ?
Il ne devrait pas seulement être question d’argent ou de choses de ce genre. Quand vous jouez pour un grand club, vous êtes obligé de gagner. Donc je suppose qu’il est normal que l’idée de jouer au football pour le plaisir devienne de moins en moins importante. Mais si vous sortez sur le terrain et que votre seul objectif est la victoire, alors il ne s’agit plus vraiment de vous amuser.

Comment se fait-il que les équipes italiennes rencontrent tant de difficultés à briller en Ligue des Champions ces dernières années ?
L’Italie traverse une période très difficile sur le plan économique et le football italien en souffre également. Il n’y a plus autant d’argent qu’il y a dix ou vingt ans. Nous avons pris du retard, même si la Juventus a été proche du succès ces dernières saisons. Est-ce que la Serie A va redevenir un championnat majeur ? Peut-être un jour.

Existe-t-il un âge limite pour un gardien ?
Jusqu’à 30 ans, on parle surtout de votre physique et de votre agilité. Mais après, les choses changent un peu et votre expérience en tant que gardien commence à grandir. Vous savez comment aborder les matchs importants. Et pour avoir ce genre d’expérience, je pense que vous devez avoir plus de 30 ans. Il y a des avantages à cela. Je ne sais pas s’il existe une limite d’âge car un gardien s’améliore tout le temps.

Avec Iker Casillas, vous avez été les deux meilleurs gardiens de la dernière décennie. Qui seront les prochains ?
J’aime bien Joe Hart. Il est encore jeune et il peut devenir un grand gardien. Parmi les autres jeunes gardiens que j’aime vraiment, il y a le Belge, Thibaut Courtois.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune gardien aspirant à devenir professionnel ?
Un petit conseil ? Changer de poste ! Je suis sérieux. Il faut être masochiste pour vouloir devenir gardien. Et un peu pervers. On pratique un sport où tout le monde utilise ses pieds mais vous, vous voulez utiliser vos mains !

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