Bobby Charlton : « Sans Munich, Manchester United aurait remporté la Coupe d’Europe en 1958 »



Il y a 60 ans, la tragédie de Munich décimait l’équipe de Manchester United. Bobby Charlton, rescapé du crash et Ballon d’Or quelques années plus tard, évoque pour FourFourTwo les Busby Babes.

Votre père était mineur. Avez-vous envisagé de suivre son chemin avant de devenir footballeur ?
Jamais ! Mon père m’avait dit très clairement que si je pouvais trouver un meilleur métier, je devais le faire. Je viens d’une famille de footballeurs puisque mes oncles ont tous joué au foot. Ils m’ont inspiré. Je descendais dans les mines quand j’étais gamin et que mon père m’emmenait pour chercher son salaire. Ce n’était pas pour moi et en comparaison avec ce métier, j’ai trouvé le football très facile.

Vous êtes allé à l’école secondaire et vous avez même commencé un apprentissage en ingénierie. Peut-on dire que vous étiez plutôt intelligent et que vous auriez pu faire carrière ailleurs que dans le football ?
Non, je n’étais pas si intelligent que cela. Je suis allé à l’école secondaire dans le nord-est de l’Angleterre avant de descendre à Manchester. On m’a dit que je ne pouvais pas jouer pour United et que je devais jouer pour l’équipe de l’école. J’ai ensuite fait l’ingénierie et c’était une vraie éducation. Mais à 17 ans, je suis devenu professionnel chez United.

Plusieurs autres clubs voulaient vous engager, comme Newcastle. Pourquoi Manchester ?
C’était le premier club à s’intéresser à moi tandis que Newcastle était sans doute le dernier. United avait la réputation de bien former les jeunes joueurs. Joe Armstrong, un recruteur américain, m’avait vu jouer dans un match scolaire contre East Northumberland. A l’époque, c’était un grand honneur d’aller passer un test. Moi, on m’a demandé directement de signer.

Edwards et Charlton (le plus à droite) avant la finale de la Coupe d’Angleterre de 1957

Il y a très peu de vidéos des Busby Babes (ndlr : le surnom des jeunes de Manchester United décimés dans le crash de Munich). Comment les décririez-vous aux fans d’aujourd’hui ?
Le coach Matt Busby avait réuni un groupe de jeunes joueurs et il voulait leur donner une chance. Il a lancé des gamins de 17 ans en équipe première, ce qui était inédit dans les années 50. On le critiquait car le foot était considéré comme un sport rugueux, réservé aux hommes. Mais il n’a pas écouté. C’était un moment merveilleux de jouer aux côtés de Duncan Edwards, Tommy Taylor et Roger Byrne. Nous avions un tel esprit d’attaque…

Vous avez décrit Duncan Edwards comme « le seul joueur à vous avoir fait sentir inférieur ». En quoi était-il un tel phénomène ?
Si vous regardez la plupart des joueurs, ils ont tous un ou plusieurs points forts. Duncan, lui, avait tout. C’était vraiment le meilleur de tous. Il pouvait jouer n’importe où. Il savait tacler, passer, marquer… Quand je suis arrivé à United, on m’a dit qu’il y avait beaucoup de bons joueurs. Mais Duncan était le seul à pouvoir faire des choses dont je n’étais pas capable.

Sans la catastrophe de Munich, pensez-vous que United aurait mis un terme à la domination européenne du Real Madrid à la fin des années 50 ?
Nous ne savions pas si nous étions assez bons pour briller en Europe. Nous avons affronté des joueurs que nous n’avions jamais vus auparavant, même à la télévision. Des joueurs magiques comme Alfredo Di Stefano. Mais nous nous sommes bien adaptés et je suis convaincu que sans cet accident, Manchester United aurait remporté la Coupe d’Europe en 1958 à la place du Real Madrid. Nous apprenions très rapidement – peut-être pas moi mais le reste de l’équipe – sur la façon d’être patient et de gagner en Coupe d’Europe.

Beaucoup de gens, y compris Bobby Robson et Jimmy Armfield, estiment également que l’Angleterre aurait gagné les Coupes du Monde de 1958 et de 1962 sans Munich. Êtes-vous d’accord ?
C’était une réelle possibilité. Nous avons réussi une Coupe du Monde décente en 1958 mais si vous ajoutiez Duncan Edwards, Tommy Taylor, Roger Byrne, David Pegg et Eddie Colman, nous aurions été capables de faire beaucoup mieux. Je ne pourrais pas dire avec certitude que nous l’aurions gagnée en 1958 et en 1962 mais je suis sûr que nous l’aurions gagnée au moins une fois.

Charlton devant Best en 1967

Le crash de Munich

Le 6 février 1958, l’équipe de Manchester United revient d’un match de Coupe d’Europe des clubs champions disputé à Belgrade contre l’Étoile rouge. L’appareil, un Airspeed AS.57 Ambassador de la compagnie British European Airways, fait escale à Munich pour ravitailler en carburant. Après deux tentatives infructueuses de décollage sur une piste enneigée, l’avion essaie une nouvelle fois mais ne parvient pas à s’envoler et percute une maison et un entrepôt de carburant.

Vingt-et-un membres de Manchester United, dont huit Busby Babes, meurent lors du crash ou des suites de leurs blessures. Le jeune Duncan Edwards succombent ainsi le 21 février 1958.

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