Zvirekwi : « J’ai cru que c’était fini. Mais je me trompais ! »



Victime d’un grave accident de la route et amputé de la main gauche, Hardlife Zvirekwi est revenu sur les terrains quelques mois plus tard. L’international zimbabwéen a choisi FourFourTwo pour raconter sa bouleversante histoire.

Je rentrais chez moi par l’autoroute. Une voiture en face a soudainement fait un écart sur ma voie et je n’ai pas pu l’éviter. Alors l’enfer s’est déchaîné. Ma voiture a quitté la route et s’est renversée. Quand j’ai repris connaissance, tout le monde criait autour de moi et des gens essayaient de me sortir de là. Mon bras gauche saignait et j’ai commencé à beaucoup souffrir. À l’hôpital, on m’a dit qu’il fallait m’amputer. À ce moment-là, je ne pensais qu’à une chose : ma carrière de footballeur. J’ai cru que c’était fini. Mais je me trompais !

Je m’appelle Hardlife Zvirekwi. Ce prénom, beaucoup le voient comme un clin d’œil aux difficultés rencontrées par mes parents pour nous élever, moi et mes frères et sœurs. Je suis l’ainé d’une famille qui compte trois garçons et deux filles. Vous imaginez bien que la vie de mes parents était extrêmement difficile. Leur priorité était de s’assurer qu’ils pourraient nous offrir un toit et de quoi manger. Mais au Zimbabwe, ce n’était pas facile d’avoir ça tous les jours. C’est pour ça qu’ils m’ont appelé Hardlife. Ma mère a essayé de changer ce prénom il y a quelques années mais ce n’était plus possible.

J’ai commencé le football très jeune, dans le ghetto où j’ai grandi. On jouait dans les rues avec un ballon en plastique dur. Pendant que j’étais à l’école, j’ai été repéré par l’Académie de football Agatha Sheneti. J’y ai évolué dans toutes les catégories d’âge : les U15, les U17, les U20, les U23 et avec leur équipe professionnelle, le Harare United. Puis j’ai rejoint le Gunners FC. Le propriétaire du club était un fan d’Arsenal. Moi, je soutenais plutôt Manchester United. Mes idoles de gamin étaient Eric Cantona, David Beckham et Wayne Rooney.

 

Avec le Gunners FC, nous avons été promus en Premier League du Zimbabwe puis nous avons terminé septièmes dès notre première saison. L’année suivante, en 2009, nous avons remporté le championnat. C’était un exploit énorme ! J’ai quitté le club en 2013 pour rejoindre CAPS United. Cette même année, j’ai fait mes débuts avec la sélection du Zimbabwe lors d’une victoire 2-1 contre le Botswana. Puis j’ai joué contre l’Égypte lors des éliminatoires de la Coupe du Monde. Un grand match pour nous. Je suis défenseur et je faisais face à des joueurs comme Mohamed Aboutrika et Mohamed Salah. Quand j’ai vu le potentiel et les capacités de Salah, j’ai compris qu’il était destiné à de grandes choses.

Quatre ans plus tard, je représentais le Zimbabwe à la Coupe d’Afrique des Nations au Gabon. C’était un honneur et un exploit historique car c’était la première fois que nous nous qualifions depuis onze ans. Nous avons presque gagné le premier match contre l’Algérie. Mais Riyad Mahrez a égalisé à huit minutes de la fin et la rencontre s’est soldée par un nul 2-2. L’Algérie était la meilleure équipe d’Afrique à cette époque. C’était un apprentissage formidable, de l’expérience que nous avons ensuite ramenée au Zimbabwe. On a affronté des joueurs qui évoluaient dans des grands clubs en Europe. Nous avons aussi joué contre le Sénégal de Sadio Mané. Il était si rapide et a marqué contre nous.

J’ai joué environ 60 matchs pour mon équipe nationale et les choses évoluaient tout en douceur. Je me sentais bien au Zimbabwe, j’étais le capitaine du CAPS United, nous avons été couronnés champions en 2016 et j’ai été désigné joueur de l’année. Il y a aussi eu la Ligue des Champions africaine, contre le Zamalek (Egypte), l’USM Alger (Algérie) et Al Ahli (Libye). Là encore, c’était un sentiment formidable de participer à une telle compétition. Mais en mars dernier, tout a basculé.

 

Après une séance d’entraînement un dimanche après-midi, un de mes amis a organisé une petite fête dans le centre-ville de Harare. Tard dans la nuit, alors que je rentrais chez moi en voiture, l’accident est arrivé. Je ne m’en souviens pas beaucoup. La seule chose dont je me souvienne vraiment, ce sont les cris des personnes à l’extérieur de la voiture. Je n’ai pas compris tout de suite la gravité de ma blessure. Et la douleur dans mon bras gauche a commencé à se faire sentir environ 45 minutes plus tard. J’ai été emmené à l’hôpital et informé que je devais subir une intervention chirurgicale. Douze heures après l’accident.

Cette amputation de la main gauche n’était pas facile à accepter. Ni pour moi, ni pour ma famille et mes amis. Mais les médecins m’ont expliqué que c’était la seule chose à faire pour me sauver la vie. J’ai tout de suite pensé à ma carrière et aux changements que cela impliquerait sur ma vie quotidienne. Après l’opération, j’ai même commencé à réfléchir à ce que j’allais pourvoir faire pour gagner ma vie. Être footballeur ne semblait plus possible. Mais les médecins m’ont très vite dit que si j’avais la volonté et la détermination nécessaires, je pourrais continuer à jouer.

De toute évidence, les choses avaient changé. J’avais du mal à imaginer à quel point la vie serait différente. Je ne pouvais plus faire des choses simples comme boutonner ma propre chemise. Il m’a fallu du temps pour m’adapter mais je peux maintenant faire beaucoup de choses. Je peux même conduire normalement, sans aucun problème. Après l’annonce des médecins, j’étais tellement motivé à l’idée de revenir sur les terrains. J’ai senti une force au fond de moi, qui me disait que je pouvais le faire. Ma famille et mes amis ont été formidables. J’ai reçu tellement de soutien, surtout de mes deux jeunes fils. Mes coéquipiers de CAPS United ont également été incroyables. Ils se sont tenus à mes côtés et m’ont encouragé à rejouer avec eux.

Même sans être sur le terrain, j’étais toujours le capitaine de l’équipe. Après ma blessure, j’ai assisté à chaque match. Je faisais toujours de mon mieux pour l’équipe, dans le vestiaire, avant les coups d’envoi, les mi-temps et à la fin des matchs. Mais j’avais hâte de m’entraîner à nouveau. En fait, j’ai effectué mon retour quatre semaines seulement après l’accident. Mais pas sur le terrain. A ce stade, on ne savait pas combien de temps j’allais rester sur la touche alors le club a pris un autre joueur à ma place. J’ai dû passer beaucoup de temps chez un thérapeute et avec un préparateur physique.

Ce n’était pas une promenade de santé pour revenir dans le onze de départ. Aucun manager ne vous offrira du temps de jeu si vous n’êtes pas compétitif, même si vous avez eu un terrible accident. Il a fallu que je me fraye un chemin pour faire mes preuves et m’entraîner encore plus fort. En juillet, j’étais prêt à jouer et je me souviens encore de mon premier match. Nous affrontions Harare City et je suis entré en jeu pour les dernières minutes. C’était merveilleux. Tout le stade était debout et m’encourageait. J’étais reconnaissant envers Dieu de m’aider à faire de ce rêve une réalité.

Même amputé d’une main à 31 ans, je suis convaincu de pouvoir jouer au même niveau qu’auparavant. Je veux le prouver à tous ceux qui doutent de moi et qui seront toujours là. Je veux surtout me battre et essayer d’inciter d’autres personnes à faire la même chose que moi. J’ai été inspiré par d’autres athlètes, comme Nwankwo Kanu qui avait des problèmes cardiaques mais qui les a surmontés pour faire une magnifique carrière. J’ai moi aussi inspiré beaucoup de gens et c’était mon objectif. Mon histoire vous montre que rien n’est impossible. Si vous êtes déterminé, vous pouvez faire ce que vous voulez.

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