Quand Baggio, Batistuta, Milan et le foot italien dominaient le monde…



Tout au long des années 90, l’Italie a été le point central du football mondial. Les équipes de Serie A ont remporté treize trophées européens, battu six records en matière de transfert et ramené six Ballons d’Or. Bienvenue dans une époque où le Calcio était roi !

C’est une scène que Pietro Fanna n’oubliera jamais. Ce 22 avril 1990, le capitaine du Hellas Vérone marche dans un couloir du stade Marcantonio Bentegodi après la victoire de son équipe face au Milan AC. En passant devant le vestiaire des visiteurs, il croit entendre des sanglots. Alors il s’approche doucement de la porte et obtient la confirmation qu’il attendait : on pleure dans les rangs de la formation d’Arrigo Sacchi.

Un mois plus tard, le Milan battait Benfica à Vienne pour remporter sa deuxième Coupe d’Europe des Clubs Champions consécutive, consolidant ainsi son statut de meilleure équipe de tous les temps. Il faudra attendre la victoire du Real Madrid contre la Juventus, à Cardiff 27 ans plus tard, pour revoir un champion d’Europe conserver son bien.

Le triomphe de Milan en 1990 n’était pas seulement celui d’une ville. Pour la seule fois dans l’histoire, les trois trophées européens avaient été remportés par des clubs d’un même pays. Alors que Luciano Pavarotti préparait ses cordes vocales pour interpréter l’hymne officiel du Mondial disputé en Italie, la Sampdoria dominait Anderlecht en finale de la Coupe des Coupes grâce à un doublé de Gianluca Vialli. Et dans le même temps, la Juventus disposait de la Fiorentina dans une finale de la Coupe de l’UEFA 100% italienne. Ce fut le début d’une décennie de domination sans partage des clubs de Serie A sur les terrains européens.

Paradoxalement, aucun des quatre finalistes italiens cette année-là n’a remporté le titre de champion à l’issue de la saison 1989-90. Les sanglots que Fanna avait entendus dans le vestiaire du Milan n’étaient pas des larmes de joie mais de désespoir, après avoir vu le rêve de Scudetto s’envoler. Le Milan détestait jouer à Vérone. Une défaite 5-3 leur avait coûté la première place en 1973, dans un match surnommé La Fatal Verona. Dix-sept ans plus tard, il était de retour, alors à égalité de points avec le Napoli de Diego Maradona au sommet de la Serie A et deux matchs encore à jouer. Les Rossoneri menaient la danse cette saison-là, jusqu’à ce que Naples reçoive début avril les points d’un match gagné sur tapis vert contre l’Atalanta, après que le milieu de terrain brésilien Alemao ait été frappé par une pièce lancée par un supporter.

Le Milan menait 1-0 à Vérone. Puis tout a basculé quand le Hellas a réussi un impensable retournement de situation. En colère après une série de décisions de l’arbitre Rosario Lo Bello, Frank Rijkaard a été expulsé – le Néerlandais lui aurait craché deux fois dessus. Marco van Basten l’a rapidement suivi dans le vestiaire après avoir arraché son maillot de dégoût. Puis Alessandro Costacurta a écopé du troisième carton rouge du match après avoir insulté le juge de touche.

Le Napoli, pour sa part, a remporté ses deux derniers matchs, décrochant ainsi le deuxième Scudetto de Maradona, quatre ans après avoir conduit les Parthénopéens à leur premier sacre de Serie A. Mais c’était la fin des années glorieuses de Diego en Italie. Peu de temps après, il fut suspendu 15 mois suite à un contrôle positif à la cocaïne en mars 1991. Des adieux ratés avec le San Paolo. Et la fin de l’âge d’or des Partenopei.

Le départ de Maradona n’a cependant eu aucun impact sur la « succès story » du football italien. La Serie A ne dépendait pas d’un seul homme et les étoiles brillaient dans tout le pays. Lothar Matthaus, le Ballon d’Or, évoluait à l’Inter. Et le joueur le plus cher du monde, Roberto Baggio, venait de rejoindre la Juventus.

L’Italie était traditionnellement le championnat le plus riche pour attirer les meilleurs joueurs. Avant le départ de Baggio de la Fiorentina en 1990, onze des treize plus gros transferts de l’histoire avaient été bouclés par des clubs de Serie A. Une domination qui s’est dessinée quelques années auparavant, avec la décision de l’UEFA d’interdire les équipes anglaises de compétition européenne en 1985. Conséquence au cours des années 90 : les équipes italiennes ont remporté treize des trente titres européens mis en jeu, avec 25 finalistes.

« La Serie A était sans conteste le meilleur et le plus attractif championnat d’Europe dans les années 1990, se souvient Aron Winter, qui a quitté l’Ajax en 1992 pour rejoindre la Lazio puis l’Inter. Ce que l’Espagne est maintenant, l’Italie l’était à l’époque. Dès que j’ai commencé à jouer en Serie A, j’ai constaté le niveau élevé. C’était vraiment difficile de gagner des matchs. Les meilleurs joueurs du monde étaient tous là. »

Même les meilleurs Anglais ont commencé à regarder du côté de l’Italie. Et notamment Paul Gascoigne (Tottenham), dans le viseur du Napoli, de la Juventus et de la Roma après ses prestations au Mondial Italia 90. Mais c’est la Lazio qui a trouvé un accord avec les Spurs en 1991. Une blessure au genou, contractée lors de la finale de FA Cup en 1991, a cependant retardé le transfert d’un an et surtout provoqué une renégociation de l’indemnité, passée de 8,5 à 5,5 millions de livres sterling.

Gascoigne a finalement débarqué à Rome en mai 1992, touchant alors un salaire de 22 000 £ par semaine – une énorme somme d’argent à l’époque. Le club lui a même attribué deux gardes du corps à son domicile, même si cela a failli mal tourner quand l’un d’eux l’a confondu une nuit avec un cambrioleur et pointé un pistolet sur sa tête.

Les débuts de Gascoigne, au stade Olympique face à Gênes, ont été l’un des premiers matchs de Serie A diffusés en direct à la télévision anglaise. Channel 4 avait acheté les droits à l’été 1992 et les fans du Royaume Uni ont découvert un championnat et des équipes qu’ils ne connaissaient finalement que par le biais des affrontements européens.

Preuve de l’importance du foot italien dans ces années-là, Channel 4 diffusait un match de Serie A tous les dimanches après-midi et proposait le samedi matin l’émission Gazzetta Football Italia. La chaîne a même un temps envisagé d’en confier la présentation à Gascoigne lui-même, avant d’y renoncer. Cela n’a pas empêché une audience de plusieurs millions de personnes chaque semaine. Et Gascoigne est rapidement devenu un héros pour les fans de la Lazio, bien aidé par un but égalisateur lors de son premier derby de Rome.

« Il était capable de tout, a avoué l’ancien attaquant de la Lazio, Giuseppe Signori, à FourFourTwo. Une fois, il s’est montré complètement nu dans le hall d’un l’hôtel et il a fait la même chose dans le bus de l’équipe pendant un autre déplacement. On traversait un tunnel sombre, il s’est complètement déshabillé et est allé s’asseoir juste à côté de l’entraîneur, Dino Zoff ! A la fin de l’entraînement tous les jours, il fallait toujours faire très attention. Il passait souvent avec un sceau d’eau. »

Aron Winter n’a pas non plus oublié cet excentrique Anglais tout juste débarqué dans le championnat le plus sérieux du monde. « C’était ma première journée au club. J’étais dans ma chambre d’hôtel et quelqu’un a frappé à la porte. J’ai ouvert et Paul se tenait devant moi, à moitié nu, tenant un plateau avec du champagne pour m’accueillir. J’ai vraiment de bons souvenirs de notre période ensemble. Parfois, j’avais des amis qui venaient de Hollande juste pour le rencontrer. »

« Bon, c’est sûr que Paul buvait parfois trop d’alcool, poursuit l’ancien international néerlandais. Il n’aimait pas l’avion et il se commandait un Cognac avant chaque vol pour se calmer. Mais c’était aussi un très bon ami et cela m’attriste de voir les problèmes de santé auxquels il a été confronté ces dernières années. C’était un joueur incroyable, l’un des meilleurs d’Angleterre. »

Signori, la machine à marquer

Pour sa première saison italienne, Gascoigne a aidé le club à terminer cinquième et à se qualifier pour sa première Coupe d’Europe en 16 ans. Une Lazio qui évoluait encore en Serie B à la fin des années 80 et qui a dominé le rival romain cinq ans de suite, avant que l’ascension de Francesco Totti ne rétablisse l’équilibre en faveur de la Roma.

La Lazio a également compté dans ses rangs le meilleur buteur de la Serie A en 1992-93 : Giuseppe Signori, auteur de 26 buts après son arrivée de Foggia. Il sera de nouveau le meilleur buteur du championnat en 1993-94 et 1995-96, avant de rejoindre plus tard la Sampdoria et Bologne. Alors que Parme a essayé de le recruter en 1995, des milliers de personnes ont protesté dans la rue et persuadé les dirigeants de ne pas le vendre.

« Les supporters m’aimaient et ils étaient opposés à mon transfert à Parme, se souvient Signori. Ce sont des choses que tu n’oublies pas. Mon passage à la Lazio a été fantastique. Etre le meilleur buteur de Serie A à trois reprises, c’est fort. J’ai marqué plus de 100 buts pour la Lazio et j’ai joué aux côtés de Karl-Heinz Riedle puis de Pierluigi Casiraghi et Alen Boksic. »

Giuseppe Signori a été sacré meilleur buteur de Serie A au cours de la décennie 90, avec 141 buts au compteur. Cinq de mieux que Gabriel Batistuta, dont les exploits incessants avec la Fiorentina vivent encore au travers d’une statue en son honneur à Florence. Mais aucun de ces deux joueurs n’a remporté un titre de champion dans les années 90. Batigol s’est consolé avec le Scudetto 2001 sous les couleurs de la Roma. Mais Signori, lui, ne connut jamais un tel honneur et ne fut international qu’à 28 reprises.

Les apparitions de Gascoigne avec la Lazio furent à peine plus nombreuses : seulement 47 matchs en trois saisons. La faute à des blessures à répétition (notamment une fracture de la jambe lors d’un duel avec Alessandro Nesta à l’entraînement) et à des soucis réguliers de surpoids. En 1995, il a quitté la Serie A, direction les Rangers, après une ultime apparition au centre d’entraînement juché sur une Harley-Davidson et en fumant un cigare. Gazza savait comment dire arrivederci avec style.

Si Gascoigne a été celui qui a amené le football italien dans les foyers britanniques, il n’était pas le premier Anglais en Serie A dans les années 90. David Platt avait franchi le pas un an avant, dans le cadre d’un transfert de 5,5 millions de livres en faveur de Bari, petite équipe provinciale du sud de l’Italie qui venait d’échapper de justesse à la relégation.

« Bari était juste une porte d’entrée, je ne savais même pas où c’était, » se souvient Platt. Incapable d’éviter la descente de son nouveau club, le milieu de terrain a tout de même réussi à marquer onze buts lors de sa première saison en Italie, lui permettant de rejoindre la Juventus l’été suivant. « Quand j’ai découvert ce vestiaire, j’ai pensé que c’était bon et que j’avais réussi. » La Vieille Dame venait de réaliser deux transferts record (Gianluca Vialli en provenance de la Sampdoria et Roberto Baggio de la Fiorentina) et a battu cette année-là le Borussia Dortmund en finale de la Coupe de l’UEFA.

Malgré tout, Platt ne s’est pas éternisé à Turin, quittant le club au bout d’un an. « Je ne jouais pas beaucoup, admet-il. Antonio Conte couvrait presque seul tout le milieu et Baggio gérait le jeu offensif. Il n’y avait pas beaucoup de place pour quelqu’un d’autre. L’influence de Baggio était à peu près la même que celle de Roberto Mancini avec la Sampdoria, où j’ai joué la saison suivante, mais nous n’avions pas les mêmes rapports. A la Juventus, on ne pouvait pas communiquer. »

En débarquant au stade Luigi Ferraris à l’été 93, David Platt a donc retrouvé un Roberto Mancini qui avait déjà essayé de le faire venir deux ans auparavant. Il découvre surtout une Sampdoria à son apogée, vainqueur de la Coupe des Vainqueurs de Coupe en 1990 et de la Serie A l’année suivante. La Samp a ensuite atteint la finale de la C1 en 1992 mais s’est inclinée face à Barcelone et ce coup-franc de Ronald Koeman à Wembley.

Le premier contact téléphonique entre Mancini et Platt a eu lieu lors de cette campagne européenne de 1991-92. Et ce ne sera pas le dernier. « J’ai été honoré et un peu paniqué en même temps, admet Platt. Je me demandais pourquoi il m’appelait. En plus, ce n’était pas une demande du club, ce qui rendait la situation encore plus bizarre. Quand j’ai signé pour la Juventus, je pensais que c’était terminé mais non, il continuait de faire le forcing pour que je le rejoigne. Et finalement, j’ai cédé l’année suivante. »

Cela s’est avéré être la meilleure décision de sa carrière. Son amitié grandissante avec Mancini s’est transformée en un duo influent sur le terrain. « Nous avons tout de suite réussi, se souvient l’Anglais. Robbie aimait jouer d’une certaine façon et ce n’est pas un hasard s’il est resté si longtemps à la Sampdoria [15 ans]. L’équipe a travaillé son style autour de son idéologie et pour une raison ou une autre, il m’a considéré comme le joueur parfait pour cela. Tout le monde l’aimait et il le savait. C’était comme Totti avec la Roma. Il pouvait entrer dans un bar ou un café et ne payait jamais. Il pouvait faire ce qu’il voulait mais les fans savaient qu’il ne ferait jamais rien contre eux. »

Cette relation particulière avec les supporters a provoqué une scène inhabituelle avant un match à domicile contre Brescia en mai 1995. La Sampdoria venait de perdre le derby de Gênes. Alors pour tenter d’apaiser la grogne des supporters, Mancini a accepté que l’équipe fasse un tour de terrain avant le coup d’envoi. Histoire que les fans puissent passer leurs nerfs sur les joueurs. Même le coach Sven-Goran Eriksson était de la partie. Et le plan a fonctionné.

Dans un stade apaisé, la Samp s’est imposée et Platt n’a pas oublié cette journée. « J’ai marqué deux buts dans les dernières minutes et on a gagné 2-1, raconte l’Anglais. Le bruit dans les tribunes était incroyable. Mancini m’a traîné vers les fans à la fin du match et nous avons applaudi les tribunes. Mais au bout du compte, il a quitté le terrain en dernier pour s’assurer qu’il recevait les derniers applaudissements ! » Aux côtés de joueurs comme Lombardo et Ruud Gullit (le Néerlandais avait étrangement quitté Milan en 1993 avant d’y retourner l’année suivante puis avait de nouveau signé pour la Samp quelques mois plus tard), David Platt remporte la Coppa Italia 94 et dispute les demi-finales de la Coupe des Vainqueurs de Coupe, battu aux tirs au but par Arsenal.

L’Anglais le reconnait aujourd’hui : ses années italiennes avec la Sampdoria ont été les plus belles de sa carrière. « Les meilleurs joueurs étaient tous en Serie A, explique-t-il. Même si des joueurs anglais étaient déjà passés par le foot italien, on n’en connaissait pas grand-chose. Il n’y avait pas Internet à l’époque. On pensait que c’était un football défensif. Et on parlait de l’exclusion des clubs anglais pour expliquer les succès italiens en Coupe d’Europe. Quand j’ai débarqué en Italie, j’ai pu me rendre compte que tout était bien différent. À Gênes, j’ai apprécié l’évolution du football italien. Les matchs étaient diffusés en Angleterre et mes proches me disaient constamment à quel point la Serie A devenait populaire. »

Populaire et parfois cruel, avec par exemple ce ballon posé sur un point de penalty et tous les regards tournés vers Roberto Baggio en ce mois d’avril 1991. Trois ans avant son fameux échec en finale de la Coupe du Monde 94, un autre drame était sur le point de l’engloutir. Il était de retour sur la pelouse de la Fiorentina pour la première fois depuis sa vente à la Juventus. Un transfert douloureux, à tous les sens du terme, puisque 50 supporters avaient été blessés dans des affrontements à Florence après l’annonce de la vente du joueur. Même Baggio n’était pas sûr de vouloir quitter La Viola, au point de refuser de porter une écharpe blanche et noire lors de sa présentation à Turin.

Alors que tout n’allait pas comme prévu pour lui avec les Bianconeri, les choses allaient devenir encore plus difficiles. Baggio était le tireur de penalty désigné de la Juventus mais il a refusé de frapper face à son ancien club. Ses coéquipiers ont bien essayé de le convaincre, en vain. Luigi De Agostini s’est élancé à sa place et a échoué. Baggio fut remplacé peu de temps après, attrapant une écharpe de la Viola jetée vers lui et provoquant une sacrée polémique…

Baggio a toujours été une énigme éternelle. Son maigre palmarès collectif (deux Scudetti, une Copa Italia et une Coupe de l’UEFA) ne lui rend pas vraiment hommage alors qu’il était sans doute le joueur le plus doué des années 90. Le seul de cette décennie à battre le record du monde de transfert et à remporter le Ballon d’Or en ayant passé une année complète en Italie (contrairement à Ronaldo qui avait passé six mois au Barça avant de rejoindre l’Inter pour une somme record et de décrocher le Ballon d’Or en 1997).

La plus belle année de Baggio est arrivée en 1993, avec ce sacre en Coupe de l’UEFA aux côtés de Platt & Co. Le seul trophée européen de toute sa carrière, lui qui avait marqué 39 fois au cours de l’année civile. « Il était introverti en tant que personne mais c’était un champion absolu, explique Fabrizio Ravanelli à FourFourTwo. Techniquement, il était merveilleux. Il avait toujours une solution, un geste que seuls les meilleurs possèdent. »

Baggio a gagné deux fois la Serie A en 1995 et 1996, avec deux clubs différents. Le premier lors de sa dernière saison avec la Juve, année gâchée par une blessure qui l’a privé des terrains pendant cinq mois. Mais c’est bien lui qui a délivré trois passes décisives le jour où la Vieille Dame a assuré son titre lors d’une victoire sur Parme.

C’était aussi la première couronne en Serie A pour un jeune joueur de 20 ans du nom d’Alessandro Del Piero. « Il a tout ce qu’il faut pour devenir un grand joueur », déclarait à l’époque Baggio à FFT. Et il n’avait pas tort, d’autant que c’est le grand Marcello Lippi qui coachait la Juve cette année-là. « Nous avons joué avec trois attaquants cette saison : Vialli, Baggio ou Del Piero, et moi, se souvient Ravanelli. Lippi était si bon pour lire le jeu et il savait comment motiver ses joueurs. Je me souviens très bien de son discours le premier jour d’entraînement au début de la saison. Nous nous étions tous rassemblés au milieu du terrain et son message était clair : la Juventus ne devait dépendre de personne. Nous étions tous aussi importants les uns que les autres. »

« On avait une équipe incroyable. Des joueurs malins sur le terrain, d’autres très talentueux. Il y avait Angelo Peruzzi, Paulo Sousa, Didier Deschamps, Ciro Ferrara, Alessio Tacchinardi, Antonio Conte… On avait battu Parme en janvier pour les dépasser au championnat et j’avais marqué le plus beau but de ma carrière : centre de Vialli et tête plongeante. Formidable ! »

« La nuit avant le match du titre, encore contre Parme, je n’arrivais pas à dormir. J’étais tendu. Mais c’était un beau dimanche et nous avons gagné 4-0. J’ai marqué deux buts et ce soir-là, on a fait la fête chez Umberto Agnelli [le président honoraire du club]. Je me souviens encore de cette joie. »

De la joie mais aussi de la tristesse ce soir-là, quelques semaines seulement après la mort d’Andrea Fortunato (23 ans), un jeune arrière gauche prometteur qui avait disputé 27 matchs de championnat la saison précédente avant qu’on ne lui diagnostique une leucémie. « Tout ce que j’ai gagné avec la Juventus, je le lui dédie », explique un Ravanelli encore ému.

Cela comprend évidemment la Ligue des Champions 1996, le futur attaquant de l’OM inscrivant le but de son équipe en finale face à l’Ajax avant un succès aux tirs au but sur la pelouse du Stadio Olimpico de Rome. Puis ce fut un départ surprise à Middlesbrough. « La Juventus avait déjà accepté une offre, je n’en savais rien, avoue-t-il. Je me sentais mal mais j’ai appelé mon agent et nous sommes parvenus à un accord avec Middlesbrough. »

Baggio était lui parti un an plus tôt, acceptant une réduction de salaire de 50% par rapport à ce qu’il gagnait à Turin. C’est le Milan AC de Silvio Berlusconi qui l’a recruté pour 7,5 M€ (Manchester United et Blackburn avaient également montré un intérêt). Baggio a marqué dix fois lors de sa première saison à San Siro, remportant le Scudetto 96 avec notamment le penalty du titre face à la… Fiorentina.

Un Milan AC record en 1992

Avec Roberto Baggio et le Ballon d’Or George Weah, le Milan AC s’était offert une nouvelle force de frappe. Le club avait atteint son apogée au début des années 90 avec son trio néerlandais : van Basten, Gullit et Rijkaard. Avec eux, les Rossoneri ont remporté la Serie A en 1992 sans perdre un match, alignant 58 rencontres de championnat sans défaite entre mai 91 à mars 93. L’ère du ‘Milan degli Invicibili’.

C’était également le début de la carrière de Fabio Capello comme coach – sa seule expérience d’entraîneur étant alors les U19 de Milan. Après le départ d’Arrigo Sacchi pour la Squadra Azzurra à l’été 1991, la tâche semblait insurmontable. Mais l’accent mis par Sacchi sur le pressing et son approche très technique commençait lentement à faire des ravages au sein de l’équipe.

« Sacchi a changé notre mentalité et conduit Milan à un niveau fantastique, surtout en Europe, explique le défenseur Franco Baresi à FourFourTwo. Mais c’était un maniaque, toujours prompt à s’arrêter sur nos erreurs. Quand il est parti, nous avions besoin d’une pause mentale et Capello a parfaitement compris la situation. Au début, il y avait un peu de méfiance vis-à-vis de lui. C’était sa première expérience sur un banc et Milan avait tout gagné les années précédentes. Mais Silvio Berlusconi a eu raison de lui confier l’équipe. Capello a libéré nos esprits, il y avait moins de contraintes sur le terrain et plus de place pour notre imagination. »

Berlusconi se trompait rarement à cette époque. « Silvio était le président que tout le monde aurait aimé avoir, confirme Ruud Gullit à FFT. Même si c’était un homme occupé, il était là chaque semaine, que les choses aillent bien ou pas. Il voulait des victoires mais aussi que Milan propose un football de qualité. » Au bout du compte, le président milanais a eu les deux pendant cette période sensationnelle de 22 mois sans défaite en Serie A. « Cette série d’invincibilité a renforcé notre conviction et l’idée qu’il était difficile de nous battre, se souvient Baresi. C’est devenu difficile pour nos adversaires. On avait Demetrio Albertini et Frank Rijkaard au milieu de terrain, mais aussi Gullit qui était un joueur extraordinaire. Pour la première saison de Capello, van Basten a marqué comme jamais auparavant – 25 buts en championnat, son meilleur résultat avec Milan. Il aurait fait aussi bien la saison suivante s’il n’avait pas eu ses problèmes de cheville. C’était une grande perte. »

Une blessure qui a mis un terme prématuré à la carrière du Ballon d’Or 92, contraint de raccrocher en 1995 après deux années sans jouer entre opérations et rééducation. Une période compliquée pour Milan, confronté aux départs de Gullit et Rijkaard mais aussi aux difficultés de Jean-Pierre Papin après son transfert de 12 M€ en provenance de Marseille. Sans oublier le grave accident de Gianluigi Lentini, recruté 15 M€ en provenance du Torino et plongé deux jours dans le coma en août 1993 lorsque sa Porsche s’est écrasée dans un fossé et a pris feu. Même s’il reviendra sur les pelouses après une longue rééducation, il ne retrouvera jamais son niveau.

Dans ce contexte, le troisième titre de champion consécutif en 1994 fut un petit miracle, Milan n’inscrivant que 36 buts en 34 matchs. Mais avec Franco Baresi, Paolo Maldini, Alessandro Costacurta, Mauro Tassotti et Filippo Galli parmi les options défensives, ils n’en ont concédé que quinze. « Nous étions une équipe très solide, confirme Baresi. Capello préparait les matchs en fonction de l’adversaire. Il se plongeait dans des vidéos et déterminait ensuite la meilleure tactique. Avec Sacchi, on se contentait d’un marquage en zone. Mais sous Capello, il fallait effectuer un travail plus strict sur les attaquants adverses. Mais le groupe vivait bien. Certains joueurs ont évolué ensemble toute leur carrière. Il y avait beaucoup de respect et d’amitié entre nous. »

Ce cocktail a fait des merveilles avant la finale de la Coupe d’Europe en 1994. Si la victoire en Serie A avait été surprenante compte tenu des problèmes rencontrés, que dire du succès 4-0 face au Barça ? Deux ans plus tard, le Scudetto de 1996 a été le quatrième de Milan en cinq saisons sous la direction de Capello. Le dernier également, le coach italien rejoignant le Real Madrid. Et le début de la fin de la suprématie des Rossoneri.

Avec Oscar Tabarez sur le banc, la saison suivante a pourtant débuté par un but mémorable de Weah. Mais le coach uruguayen s’est vite révélé être une erreur de casting. Pour la dernière saison de Baresi, le champion en titre n’a pris qu’une improbable onzième place malgré le retour en urgence de Sacchi. Dans la foulée, Capello est revenu sur le banc de San Siro mais pour une seule saison, ponctuée par une 10eme place.

Qui aurait pu imaginer dans ce contexte qu’une saison plus tard, sous les ordres d’Alberto Zaccheroni arrivé de l’Udinese, le Milan AC retrouverait le sommet de la Serie A ?  Avec l’attaquant allemand Oliver Bierhoff et ses 19 buts en championnat, les Rossoneri remportent à la surprise générale leur cinquième Scudetto de la décennie. Personne ne s’y attendait. « Peut-être pas nous-mêmes, a admis Maldini à FourFourTwo. Techniquement, nous n’étions pas aussi forts que d’autres équipes mais nous avons trouvé quelque chose en nous pour aller chercher ce titre. »

La révolution Inter

31 août 1997. Youri Djorkaeff sort du tunnel de San Siro avant le coup d’envoi d’un match face à Brescia. Il est suivi de Javier Zanetti puis de Diego Simeone. Et enfin par celui que tout le monde veut voir : Ronaldo. Pour la première fois depuis la signature de l’attaquant danois Harald Nielsen (ex-Bologne) 30 ans plus tôt, le footballeur le plus cher du monde portait les couleurs de l’Inter.

Le président de Barcelone, Josep Lluis Nunez, avait pourtant déclaré quelques semaines plus tôt que Ronaldo finirait sa carrière au Camp Nou, le Brésilien ayant inscrit 47 buts lors de sa première saison en Espagne. Il s’est avéré qu’il n’en ferait même pas une deuxième avec le club catalan, après des discussions chaotiques dans l’optique d’un nouveau contrat. L’Inter s’est engouffré dans la brèche, acceptant de payer la clause de rachat de 28 M€. Les dirigeants des Rangers étaient également sur le coup, l’agent de Ronaldo affirmant plus tard qu’ils avaient étonnamment proposé de ne le faire jouer que les matchs de Champions League.

À première vue, ce premier match de Serie A avec l’Inter ressemblait à une tranquille mise en bouche au football italien, face au promu Brescia. Cela se confirmait quand Ronaldo fracassa la barre transversale sur un coup-franc. Mais San Siro a été plongé dans la stupeur quand le jeune Andrea Pirlo a lancé Dario Hubner pour l’ouverture du score à dix minutes du terme. Ce fut alors l’heure de la nouvelle recrue. Mais pas celle qu’on attendait. L’arrivée d’Alvaro Recoba du Nacional avait fait moins de bruit que celle de Ronaldo mais l’Uruguayen a rapidement volé la vedette au Brésilien, sortant du banc et envoyant rapidement un missile victorieux de plus de 30 mètres. Cinq minutes plus tard, il a récidivé, cette fois sur un coup-franc tout aussi lointain. Pour l’Inter, c’était suffisant pour signer une victoire célèbre.

C’était une nouvelle ère pour les Nerazzurri, dont la défaite en finale de la Coupe de l’UEFA face à Schalke quelques mois plus tôt avait mis un terme au mandat de Roy Hodgson sur le banc. Bombardé de pièces de monnaie et de briquets en quittant le terrain, l’Anglais démissionna rapidement, n’ayant jamais réussi à convaincre les supporters et la presse.

« Il était surtout critiqué pour n’avoir rien gagné avec une telle équipe, se souvient Aron Winter, arrivé au club en 1996 en provenance de la Lazio et qui avait raté sa tentative lors de la séance de tirs au but contre le club allemand. Mais personnellement, je l’avais trouvé bon manager. C’était un homme gentil. »

L’Inter avait déjà remporté la Coupe de l’UEFA à deux reprises dans les années 90. D’abord face à la Roma en 1991, emmené par son trio allemand Lothar Matthaus, Andreas Brehme et Jurgen Klinsmann. Puis contre Salzbourg en 1994, une saison marquée par la signature de Dennis Bergkamp mais surtout par la peur d’une première relégation depuis 1929, le club ne se sauvant que pour un point.

Sous la présidence de Massimo Moratti à partir de 1995, le club a investi massivement. Paul Ince a ainsi été recruté à Manchester United pour 8 M€, suivi par Roberto Carlos (mécontent de jouer ailier gauche, il ne restera qu’un an) puis Ivan Zamorano. Mais l’objectif ultime était bien Il Fenomeno.

« Ronaldo était vraiment le meilleur, un phénomène, admet Winter. Il était bon dans tous les domaines, pas seulement pour marquer des buts. C’est le meilleur joueur que j’ai côtoyé. » Dès leur première saison commune, le Brésilien et le Néerlandais ont aidé l’Inter à tourner la page de la finale perdue face à Schalke, balayant la Lazio (3-0) en finale de la Coupe de l’UEFA 97 disputée sur la pelouse du Parc des Princes.

Le bilan individuel de Ronaldo était remarquable : 34 buts au cours de la saison. Mais avec ses deux graves blessures au genou, il ne marquera que 25 fois lors des quatre suivantes. Roberto Baggio a également souffert de blessures après son arrivée en 1998. Un passage de deux saisons décevant pour celui qui avait inscrit 23 buts en 33 matchs avec Bologne en 1997-98.

L’Inter a continué à signer de gros chèques en 1999, attirant Christian Vieri (Lazio) pour une autre somme record de 40 M€ (80 milliards de lires italiennes). C’était la neuvième équipe de Vieri en neuf saisons, après des passages à Turin, Pise, Ravenne, Venise, l’Atalanta, la Juventus, l’Atlético Madrid et la Lazio. Si l’attaquant italien avait remporté le Scudetto avec la Juventus en 1997, il ne récidivera pas avec l’Inter.

Ni lui, ni Ronaldo ne seront sacrés en Serie A sous les couleurs nerazzurri, au cours de la seule décennie dans l’histoire du club sans titre de champion. « Je ne regrette pas d’être allé à l’Inter, a cependant avoué plus tard Ronaldo à FourFourTwo. J’ai de bons souvenirs de mon passage là-bas. Le club n’est pas à blâmer pour les blessures que j’y ai subies, et moi non plus. Mais qui sait ce que nous aurions pu faire sans elles ? »

La folle histoire de Parme

L’une des photos les plus célèbres du football italien des années 90 a été prise à Moscou. On y voit Gianluigi Buffon, Lilian Thuram, Fabio Cannavaro, Juan Sebastian Veron ou encore Hernan Crespo à l’occasion de la finale de la Coupe de l’UEFA 99. Un incroyable empilement de talents pour le club d’une petite ville du nord de l’Italie, qui a terminé dans le top six de la Serie A pendant neuf saisons consécutives au cours des années 1990. Cela ne lui était jamais arrivé auparavant, naviguant entre Serie B et C jusqu’en 1986 et l’arrivée de la compagnie alimentaire Parmalat.

Tomas Brolin et le gardien Claudio Taffarel ont été les deux premières recrues majeures après la promotion en Serie A en 1989. « Le processus de mon transfert était incroyable, se souvient le Brésilien. La Coupe du Monde 90 était terminée après notre défaite contre l’Argentine. Nous étions sur le chemin du retour au Brésil et on attendait notre vol à l’aéroport de Milan-Malpensa. Un type s’est approché de moi et m’a demandé si je voulais jouer en Italie. J’ai rigolé et je lui ai demandé comment faire. »

« Une semaine plus tard, mon téléphone a sonné et on m’a demandé si je voulais toujours venir. Alors j’ai réalisé que c’était sérieux. Les représentants de Parmalat sont venus au Brésil quelques semaines plus tard pour négocier avec mon club, Internacional, et j’ai signé pour Parme. Quand je suis arrivé, mes coéquipiers me demandaient un autographe. Ce n’était pas très rassurant. Un seul joueur avait déjà évolué en Serie A mais tout le monde était conscient de l’opportunité qui se présentait devant nous. »

« Nous avions un objectif clair la première année : salvezza, comme le diraient les Italiens. Il fallait éviter la relégation. Le club n’avait pas de terrain d’entraînement donc nous nous sommes entraînés dans un parc public puis un peu partout en ville. Nous avions un lien fort avec les habitants de Parme. Même si la majorité de notre équipe n’avait aucune expérience de la Serie A, elle s’est montrée assez bonne pour le haut niveau. Les dirigeants ont également réalisé de bons transferts, comme Brolin qui était un joueur fantastique. Nous sommes tous devenus une famille à Parme. »

Guidé par la main ferme de l’entraîneur Nevio Scala, les Gialloblu ont remporté la Coppa Italia dès leur deuxième saison dans l’élite. Ils ont enchaîné l’année suivante en triomphant en Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe, même en étant privés de leur attaquant vedette Tino Asprilla, blessé lors d’une dispute avec un chauffeur de bus en Colombie. Et incroyablement, un deuxième trophée européen est arrivé seulement deux ans plus tard lorsque Parme a battu la Juventus en finale de la Coupe de l’UEFA 95.

Marseille a également subi la loi de cette formidable équipe de Parme en finale de la Coupe de l’UEFA 99. Et personne sur le continent n’a remporté plus de trophées européens que cette formation au cours de la décennie. Cela ne pouvait malheureusement pas durer avec la faillite de Parmalat et la rétrogradation du club en Serie D en 2015. « J’étais triste de voir ça, avoue Taffarel. J’espère juste qu’ils pourront revenir à la place que cette ville mérite. J’ai toujours une maison là-bas et j’aime Parme. »

La Juventus aurait pu faire aussi bien que Parme. Une troisième Coupe d’Europe semblait à sa portée mais la finale de la Ligue des Champions 1998 a finalement tourné en faveur du Real Madrid. C’est à cette époque que le rapport de force a commencé à changer dans le football européen. Et qu’un relais a été passé entre la Serie A et la Liga.

La Juventus était pourtant favorite ce soir-là. La Vieille Dame avait disputé trois finales successives en Ligue des Champions et comptait dans ses rangs des joueurs majeurs comme Del Piero, Edgar Davids et Zinédine Zidane. Un Zizou qui a remporté la Serie A lors de ses deux premières saisons avec la Juve mais qui a perdu ce jour-là sa troisième finale européenne consécutive après ses échecs contre le Bayern (avec Bordeaux en 1996) et le Borussia Dortmund (avec la Juve en 1997).

Ce Zidane-là ne faisait pas encore l’unanimité. Deux mois plus tard et un doublé en finale de la Coupe du Monde, il filait vers le Ballon d’Or. « La Juventus a été ma rampe de lancement sur la scène internationale », a expliqué Zidane à FourFourTwo. Mais la gloire de Zizou en Ligue des Champions arrivera plus tard avec le Real Madrid.

Les succès en 1999 de Parme en Coupe de l’UEFA et de la Lazio en Coupe des Coupes (face à Majorque) marquèrent la fin d’une époque. L’heure de la domination espagnole avait sonné, avec 17 trophées européens depuis le début du millénaire contre trois aux équipes italiennes. « Le niveau de la Serie A a diminué au début des années 2000, explique Aron Winter. La Premier League est devenue plus forte, la Bundesliga et la Liga aussi. Même la L1 a progressé. »

L’argent a également changé de pays. La Serie A ne peut plus lutter avec l’Angleterre et l’Espagne, où l’ère des Galactiques avait commencé. Les meilleurs joueurs ont quitté l’Italie et la fréquentation des stades a commencé à chuter. Au cours de la saison 2006-07, marquée par le tristement célèbre scandale du Calciopoli, on est même passé sous la barre symbolique des 20 000 spectateurs par match. Cela ne fera pas oublier cette formidable décennie de domination de la Serie A. Treize victoires en Coupe d’Europe, six transferts record et six lauréats du Ballon d’Or en seulement dix ans. Ne cherchez aucun argument : les années 90 furent italiennes.

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