Dino Zoff, le vétéran qui a gagné la Coupe du Monde



Même la légende italienne Gigi Buffon ne peut égaler les exploits de Dino Zoff sur la scène internationale. Vainqueur de l’Euro 68, il avait 40 ans lorsqu’il a soulevé la Coupe du Monde 1982 avec les Azzurri.


Quand j’étais enfant, j’ai toujours voulu être gardien de but
. J’ai commencé à jouer dans les buts quand j’avais cinq ans à peine. Mais j’ai aussi obtenu un diplôme de mécanicien quand j’étais jeune alors j’aurais pu m’engager dans cette voie aussi. Au début, rien n’est garanti donc c’est bien d’avoir une carrière alternative. Mais gardien de but a toujours été ma vocation.

Au départ, on se posait des questions sur ma taille. Mais avec le recul, je ne pense pas qu’il y ait eu un problème. Les rumeurs selon lesquelles l’Inter et la Juventus m’auraient rejeté pour cette raison sont fausses. Pendant cette période, je n’étais pas particulièrement grand mais je ne pense pas qu’on m’ait jugé sur cela parce que j’étais encore très jeune.

Si vous avez la qualité, la passion est le facteur clé pour percer. J’ai toujours considéré le sport comme un excellent moyen de grandir en tant qu’être humain. Je suis très passionné par mon travail.

J’ai commencé à réaliser que je pouvais devenir pro quand j’ai rejoint l’Udinese. Il y avait encore un long chemin à parcourir et je n’avais pas encore percé à ce moment-là. Mais mon séjour à Udine a été fondateur et j’ai de bons souvenirs là-bas. J’avais de très bonnes relations avec le président Dino Bruseschi, qui m’a beaucoup apprécié, et l’ancien joueur de la Fiorentina Armando Segato m’a beaucoup soutenu. Je me suis habitué à jouer dans d’immenses stades, devant beaucoup de supporters, et ça m’a beaucoup aidé. Lorsque vous commencez à jouer régulièrement, vous grandissez automatiquement. Tu dois le faire si tu veux passer à autre chose.

Je suis le seul Italien à avoir gagné la Coupe du Monde et le Championnat d’Europe. J’ai joué pour les Azzurri à partir de 1968, lorsque nous sommes devenus champions d’Europe, et jusqu’en 1983, l’année suivante notre victoire en Coupe du Monde en Espagne. Ça a toujours été un privilège. Quand je réfléchis à ma carrière de joueur, je me dis qu’elle a été surtout heureuse. Je peux dire que j’ai eu une belle carrière.

Le point culminant de ma carrière a été de remporter la Coupe du Monde en tant que capitaine de l’Italie. Il n’y a aucun doute là-dessus. Pour un footballeur, il n’y a rien de mieux. Ce faisant, je suis devenu le plus vieux joueur de l’histoire de la Coupe du Monde, à 40 ans. Je ne me sentais pas si vieux et j’ai prouvé que j’étais en bonne santé. Mais votre carte d’identité dit toujours la vérité ! (rires) Rien que l’idée de participer à une finale de Coupe du Monde vous motive suffisamment pour jouer à votre meilleur niveau.

Depuis mes débuts en 1961, le métier de gardien de but a tellement changé. Les gardiens de but jouent maintenant davantage avec leurs pieds pour construire le jeu depuis l’arrière. Cette partie du jeu fait actuellement l’objet de beaucoup d’attention, et peut-être que les compétences essentielles comme attraper le ballon et commander votre défense dans la surface de réparation sont négligées. Je ne sais pas si c’est juste une évolution technique. Parfois, j’entends les gens dire : « Oh, ce gardien de but a des pieds fantastiques ! » Je préférerais entendre : « Ce gardien de but a de grandes capacités pour capter le ballon ! » C’est la priorité pour moi.

Les choses ont changé également dans le jeu aérien. Lorsqu’un gardien est touché dans la surface de réparation alors qu’il tente d’intercepter un centre ou de s’emparer du ballon, l’arbitre lui accorde toujours un coup-franc de nos jours. Quand je jouais, ce n’était pas comme ça. Il fallait être fort parce que dans la plupart des cas, les fautes n’étaient pas sifflées.

Après avoir pris ma retraite en tant que joueur, je suis entré à la direction de la Juventus. J’ai joué pour eux pendant onze ans, de 1972 à 1983. C’était donc une transition naturelle. D’habitude, les footballeurs ne pensent pas trop à l’avenir mais quand on atteint un certain âge – 35 ou 40 ans – on vit une autre dimension mentale et on regarde les choses avec une nouvelle perspective.

Pourquoi si peu de gardiens deviennent entraîneurs ? Tout d’abord, il y a beaucoup moins de gardiens de but que de joueurs de champ donc je ne suis pas surpris qu’il en soit de même lorsqu’il s’agit de devenir entraîneur. Les gardiens peuvent voir plus de choses sur le terrain, ils ont plus de temps pour suivre l’action, avec une vision claire, et étudier les mouvements des joueurs qui se trouvent devant eux. Par conséquent, les gardiens pourraient avoir un avantage lorsqu’ils deviennent entraîneur.

Il y a quelques jeunes gardiens italiens prometteurs en ce moment, après une période difficile. Dans le passé, l’école italienne des gardiens de but était la meilleure. Dans les années 1960, il y avait des joueurs comme Fabio Cudicini, Lido Vieri, Enrico Albertosi et Giuliano Sarti. Aujourd’hui, nous avons aussi des jeunes avec de très bonnes qualités, comme Gianluigi Donnarumma, Alex Meret et Mattia Perin, mais ils ont encore besoin de se développer.

Quand je repense à ma carrière, j’aimerais que tout le monde se souvienne de moi comme d’une personne qui a travaillé dur et qui avait une bonne attitude. Pour moi, c’est la chose la plus importante.

Propos recueillis par Arthur Renard

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