L’incroyable histoire de l’enlèvement de Jimmy Hill



Quand l’entraîneur de Coventry a disparu pendant de longues heures en février 1964 et qu’une demande de rançon a été envoyée, tout le monde a paniqué. Mais Jimmy Hill, retenu par des étudiants facétieux, est revenu comme si de rien n’était.

Une après-midi presque comme toutes les autres dans la région des West Midlands. Sauf qu’en ce jeudi de février 1964, rien n’est vraiment ordinaire. Jimmy Hill, l’entraîneur de Coventry City, ne s’est pas présenté au centre d’entraînement dans la matinée. La veille au soir, il s’était rendu à Crewe pour participer à un match exhibition et ce trajet de 75 miles par la route fait craindre un accident de voiture à sa femme Heather. Elle a passé la nuit à Londres et à son retour à Kenilworth, elle trouve la Jaguar de son mari garée dans l’allée. Elle constate cependant qu’il n’a pas dormi dans le lit conjugal et l’inquiétude monte très vite.

Ce sont les dirigeants du club qui préviennent la police. Et Jimmy Hill a disparu depuis une douzaine d’heures quand des ravisseurs prennent contact avec les forces de l’ordre. A 13h10, par le biais de ce coup de téléphone à Highfield, le siège du club. « Je ne sais pas si cela vous intéresse, dit alors une personne anonyme, mais je veux 10 000 £ en échange de Jimmy Hill. » Rapidement avertie, la presse anglaise ne s’embarrasse d’aucune pincette : « Une demande de rançon pour Jimmy Hill », titre le Coventry Evening Telegraph.

L’ancien attaquant de Brentford et Fulham, alors âgé de 35 ans, vient de débuter sa carrière d’entraîneur après deux années d’apprentissage avec la réserve de Coventry. Un jeune coach rapidement devenu l’une des plus grandes personnalités du football anglais. Franc et novateur, Hill a souvent contesté les conventions établies. En particulier en tant que président de l’Association des footballeurs professionnels, quand il a mené campagne avec succès pour éliminer le salaire maximum de 20 £ par semaine, transformant ainsi définitivement ce sport.

En tant que coach de Coventry, il a également fait avancer les choses de manières spectaculaires. Oublié le maillot blanc et place à une tenue bleue, donnant au passage un nouveau surnom au club des Midlands. Les Sky Blues ont ensuite été la première équipe anglaise à installer un tableau d’affichage électronique dans leur stade, à donner un accès libre aux médias et à créer des animations d’avant-match. Autant d’innovations révolutionnaires à l’époque du noir et blanc. C’est également sous l’impulsion de Hill que l’enceinte de Coventry deviendra plus tard le premier stade du pays avec exclusivement des places assises.

On comprend mieux pourquoi cette disparition a plongé le club et ses supporters dans l’effroi. D’autant que le vendredi matin, Jimmy Hill restait introuvable. Et plus aucun signe des ravisseurs présumés. « Je n’ai pas eu de nouvelles de mon mari et je ne sais pas où il se trouve, déclare alors Heather Hill à la presse. Je l’attendais hier soir et je pense que celui qui l’a enlevé l’a gardé assez longtemps maintenant. » A cela s’est ajoutée une préoccupation sportive, à quelques heures d’un match capital dans l’optique de la montée face aux rivaux de Bournemouth & Boscombe. Difficile évidemment d’imaginer cette rencontre sans Jimmy Hill sur le banc. De quoi irrité encore un peu plus le club, désemparé face aux réponses de la police locale. « Tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter », a ainsi déclaré un porte-parole plutôt énigmatique.

Le mystère a été résolu peu de temps après quand une enveloppe est arrivée à Highfield Field. Il contenait des instructions de Hill en vue du match contre Bournemouth. Et des précisions quant à la situation : « J’ai écrit ces notes dans un endroit étrange et je ne m’attendais pas à le faire en tant que prisonnier. Mais je sais pourquoi j’ai été kidnappé et surtout par qui. » Le mystérieux, ou plutôt les mystérieux ravisseurs, n’étaient finalement qu’une bande d’étudiants du Lanchester College of Technology [renommé depuis université de Coventry]. Leur objectif ? Collecter 2 000 £ pour une œuvre de bienfaisance et s’offrir de la publicité pour leur cause.

« On me promettait une libération avant le match de samedi, que la rançon ait été payée ou non », a expliqué Hill au moment de sa libération. Non sans manquer de faire preuve de ce célèbre humour britannique : « Je ne sais pas si c’était une grande idée de m’enlever. D’abord parce que mon épouse aurait pu ne pas remarquer mon absence. Et puis les supporters du club aurait pu offrir de l’argent pour que je ne sois pas libéré. » La rançon n’a finalement pas été payée mais Hill a été libéré le vendredi après-midi, 36 heures après son enlèvement. Il est arrivé à Highfield Road avec un air pimpant, pas du tout effrayé par l’affaire et expliquant aux journalistes qu’il avait été enlevé le jeudi à 2 heures du matin par une demi-douzaine d’étudiants.

« Quand je suis sorti de ma voiture, des étudiants m’ont dit de quoi il s’agissait et ils ont ajouté qu’ils étaient déterminés à m’emmener. J’ai accepté de les accompagner et ils m’ont conduit dans une maison où j’ai vécu comme un seigneur. » L’une des conditions de la libération de Hill était qu’il ne révèle pas l’emplacement exact de cette « cache » improvisée, ni l’identité de ses ravisseurs. Il a également accepté d’assister au bal des étudiants, de couronner leur nouveau roi et d’inviter les majorettes du collège à venir faire une démonstration à Highfield Field au profit d’œuvres de charité.

Si tout cela aurait pu ressembler à une blague sympathique, la police a estimé que l’affaire avait été un peu trop loin. « Il aurait dû être libéré après seulement quelques heures, a déclaré un porte-parole. Cela aurait suffi pour obtenir un maximum de publicité. » Mais la justice n’a pas estimé nécessaire de se saisir de l’affaire. Il faut dire que Jimmy Hill n’était pas le premier footballeur à être kidnappé dans le cadre d’une farce étudiante. En 1947, Neil Franklin, défenseur de Stoke et international anglais, avait été enlevé dans un hôtel de Sunderland et détenu pour une rançon de 5 £. Son équipier Dennis Herod, gardien de but des Potters, avait évité un sort similaire avec deux de ses partenaires en s’enfermant dans une salle de bains. Ces mêmes étudiants-ravisseurs avaient échoué dans une précédente tentative visant Stanley Matthews.

En 1953, c’est Arnold Rodgers, attaquant de Bristol City, qui fut enlevé, avec une demande de rançon de 100 £ pour sa libération. Il a été relâché une heure avant un match à domicile contre Walsall qu’il a pu disputer. Bilan : deux buts et une fin de rencontre dans la cage pour remplacer son gardien blessé. Trois ans plus tard, Albert Quixall et Colin Grainger ont connu la même mésaventure en étant embarqués de force dans une voiture à Sheffield. Conduits dans une cachette, ils ont finalement été libérés moyennant 25 £ chacun. Enfin en 1959, le défenseur latéral écossais de Nottingham Forest, Joe McDonald, a été enlevé à son domicile alors qu’il lisait dans son salon.

Au lendemain de sa libération, Jimmy Hill a pris place sur le banc des Sky Blues, auteurs d’un match nul (2-2) contre Bournemouth & Boscombe devant près de 25 000 supporters. Plus tard dans la soirée, il est apparu sur scène comme promis et a été applaudi par 400 étudiants, alors qu’il couronnait Kay Hallberg reine de la soirée. Coventry a remporté le titre de Troisième Division cette saison-là, à égalité de points avec Crystal Palace mais avec une meilleure différence de buts. Trois ans plus tard, l’équipe était championne de Deuxième Division et accédait au plus haut niveau. Le moment choisi par Jimmy Hill pour quitter son poste et se lancer dans une carrière à la télévision, notamment dans l’émission Match of the Day. Il est devenu l’un des spécialistes les plus réputés de la télévision anglaise. Mais est resté pour toujours cet entraîneur séquestré pendant 35 heures par des étudiants facétieux…

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here