Face-à-face avec Bixente Lizarazu



Un palmarès long comme le bras, une carrière exceptionnelle de Bordeaux à Munich, de rares échecs à Bilbao et Marseille, une reconversion réussie dans les médias : Bixente Lizarazu surfe sur les succès comme sur les vagues de son Pays basque natal. FourFourTwo l’a rencontré pour un face-à-face passionnant.
Bixente Lizarazu nous a accordé de longues minutes pour évoquer son actualité. Mais surtout pour revenir sur sa magnifique carrière. Passionné quand il évoque sa jeunesse ou son rapport avec la nature et le sport, le Basque s’enflamme également quand il s’agit de parler de ses rencontres les plus marquantes. Les rares déceptions d’un brillant parcours ne sont pas occultées, au point de revenir nous voir quelques instants après l’interview pour préciser quelques détails importants. A l’arrivée, les 20 minutes prévues sont devenues presque une heure. Le jeune Liza ne manquait pas de gaz dans son couloir gauche à ses débuts. Son passage derrière le micro, aux côtés de Grégoire Margotton ces derniers mois, n’a pas changé le Basque Bondissant.

Bixente, cela fait dix ans que vous avez endossé ce rôle de consultant. Vous suivez actuellement les Bleus aux côtés de Grégoire Margotton. Retrouvez-vous un peu l’adrénaline que vous avez connue en tant que joueur ?
J’ai été sollicité pour ce job quand j’ai arrêté ma carrière. Je l’avais déjà expérimenté avant et je savais que cela me plaisait. C’est un métier où tu deviens de plus en plus l’aise au fur et à mesure que tu l’exerces. Une vraie question d’entraînement. Maintenant, la vraie adrénaline, c’est dans les sports extrêmes que je la retrouve.

Le sport est un besoin vital chez vous…
J’ai besoin de pratiquer ce genre d’activités, pas forcément pour me mettre en danger mais plutôt pour flirter avec la limite. Cette adrénaline du sport de haut niveau, on ne la retrouve pas en commentant un match. C’est incomparable avec le fait de descendre des pentes verticales à ski, de surfer de grosses vagues ou de se faire cent bornes à vélo. Le sport reste le sport, question d’hormones.

J’ai besoin de pratiquer ce genre d’activités, pas forcément pour me mettre en danger mais plutôt pour flirter avec la limite

Peut-on vibrer pour le football de la même manière sur le terrain et dans une cabine de commentateurs ?
Il n’y a pas mieux que d’être acteur. Et dans le football, ça veut dire être sur le terrain. C’est pour ça que j’ai besoin de pratiquer du sport à côté de ce nouveau métier. Maintenant, c’est évidemment très agréable de partir commenter une Coupe du Monde, de participer à une émission sur le foot ou de rencontrer des joueurs sympas. Ou pas parfois. (Rires)

Le sport occupe une place à part dans votre vie. Dès votre enfance à Hendaye avec le foot, le tennis, le surf…
Cela a toujours été comme ça en effet. J’ai eu la chance de toucher à tous les sports et d’être éveillé au monde de la mer et de la montagne par mon père, qui était plongeur. J’ai gardé cette passion pour la nature et je continue de me faire plaisir. J’ai deux vies au fond. Et si je n’étais capable de parler que de foot, ce serait une petite frustration. Aujourd’hui, si vous le voulez, on peut parler de la mer, de la montagne, de la randonnée, des arts martiaux, du Brésil, de la Polynésie… J’ai pas mal d’activités, sans oublier mon rôle d’ambassadeur du Bayern Munich qui commence aussi à me prendre du temps. Je suis récemment parti en Chine, à Londres, à Madrid.

Mon premier sport a été la pelote basque. Je jouais à la main nue. En même temps, je faisais du tennis et c’est vrai que je pratiquais trois, quatre ou cinq sports différents. J’avais un emploi du temps bien chargé et c’est ma maman qui m’emmenait sur tous les terrains du Pays basque et parfois même d’Aquitaine. Sans oublier les sports scolaires comme le hand et l’athlétisme. L’hiver, c’était ski. Et l’été, c’était voile, surf et plongée sous-marine. Je passais mes journées au club de la plage où je faisais des concours. J’étais déjà très compétiteur et cela me rendait dingue quand je ne gagnais pas. Tout cela m’a permis d’avoir une base dans plein de sports et je m’éclate vraiment. C’est une chance évidemment car il n’y a jamais de lassitude. Je peux m’adapter au temps, aux conditions et à ce que la nature propose.

Je cours beaucoup moins aujourd’hui et je privilégie plutôt le vélo. On ne peut pas occulter les impacts passés sur les genoux, le dos…

Votre carrière de footballeur n’a pas impacté certaines pratiques ?
Forcément un peu. Je cours beaucoup moins aujourd’hui et je privilégie plutôt le vélo. On ne peut pas occulter les impacts passés sur les genoux, le dos… J’essaie de préserver ce qui a été assez sollicité et de privilégier la variété. Cela permet aussi de bosser le cardio, le tonic, le musculaire. Et le ludique évidemment.

A quel âge le foot est-il devenu une évidence à vos yeux ? Quand Bordeaux est venu vous chercher ?
Cela a toujours été une évidence. Et à 13 ans, Monsieur Debeleix est venu à Hendaye pour demander à mes parents s’ils acceptaient que j’intègre le centre de formation des Girondins. Ma mère n’était pas emballée car j’étais quand même assez jeune. Mais j’avais tellement envie ! Je voulais faire du sport mon métier. C’est devenu le foot par la suite.

Vous avez toujours fonctionné par étapes ?
Je pense que c’est comme ça qu’il faut faire. Mes deux premières de formation, de 13 à 15 ans, ont été assez difficiles car j’étais un peu en retard physiologiquement par rapport aux autres. Il a fallu attendre que je m’étoffe, pas au point de devenir un géant évidemment. C’est à 16 ans que tout est parti pour moi.

Avec finalement une progression assez linéaire, des cadets nationaux à la DH puis la D3 et la D1…
Avec les cadets, j’étais en équipe B. Après, il y a cette année avec les juniors. J’ai commencé avec les moins bons et je suis monté en DH, D3 et j’ai fini la saison en m’entraînant avec les pros. J’ai dépassé tout le monde. Mais mes formateurs n’étaient pas convaincus que cela marcherait pour moi.

Je savais qu’une blessure pouvait tout arrêter et je ne voulais pas me retrouver dans une voie de garage

En parallèle, vous avez suivi des études, avec une licence en STAPS à la fac de Bordeaux. Etait-ce une porte de sortie en cas d’échec dans le foot ?
Je savais qu’une blessure pouvait tout arrêter et je ne voulais pas me retrouver dans une voie de garage. C’était une sécurité. J’ai surtout continué mes études pendant le foot car je ne voulais pas être en retard si jamais cela se passait mal pour moi. J’ai eu un bac D via un sport-étude. Je m’entraînais le soir puis j’ai suivi des cours pendant trois ans à la fac, même si j’étais déjà pro. Ce n’était pas évident, surtout la dernière année. On me refilait les cours et j’ai pu passer ma licence. Et plus récemment, j’ai passé une licence de communication car cela m’amusait de le faire.

Vous avez été lancé à Bordeaux par Aimé Jacquet. Mais vous jouiez plus haut dans le couloir. Vous souvenez-vous de cette reconversion comme latéral ?
Début 1989, Didier Couécou prend la place d’Aimé et il est venu me voir en m’expliquant qu’il voulait essayer quelque chose avec moi. Il pensait que je pouvais devenir un super arrière gauche. Surtout, il m’explique bien pourquoi, me parle de mes qualités offensives, de son envie de me voir continuer à monter… Mais en partant de derrière. J’avais la possibilité d’être titulaire avec Bordeaux donc je ne me suis pas posé 50 000 questions. Très vite, j’ai pris beaucoup de plaisir. J’ai surtout appréhendé ce poste différemment. On avait l’habitude des latéraux à l’ancienne, très défensifs. Moi, j’avais toute la liberté pour attaquer. Au début, je n’arrêtais pas. J’avais un gaz terrible et je passais mon temps à monter. Un ailier en position basse en quelque sorte.

Vous avez alors formé un duo incroyable avec Jesper Olsen…
On s’entendait à merveille avec Zidane, que ce soit en Bleus ou à Bordeaux. Mais avec Jesper, c’était tellement particulier car on occupait tous les deux ce poste d’arrière et d’ailier en même temps. C’est la seule fois de ma carrière que cela s’est produit. Pour déstabiliser l’adversaire, il n’y avait rien de mieux. Un coup les défenseurs devaient gérer Jesper. Après, c’était moi. Ils ne savaient plus où donner de la tête. Cette saison a vraiment été formidable et Goethals, qui est arrivé entre temps, nous appelait les moustiques.

C’est assez marrant car c’est comme si on avait gagné la Coupe de l’UEFA. Comme quoi, il y a des finales que tu perds mais qui restent

Tout se passe bien pour vous à Bordeaux mais à l’issue de la saison 1990-91, le club est relégué administrativement…
Cette descente est importante car cela n’a pas été évident à vivre. J’étais au début de ma carrière et tout se présentait bien. Et là, c’est comme une chape de plomb qui te tombe dessus. Heureusement, cela n’a duré qu’un an et on part sur un nouveau cycle jusqu’à cette année symbolique de 1996 pour notre génération, avec Zizou, Huard, Dogon…

On vous parle toujours de cette épopée européenne ?
Oui et c’est assez marrant car c’est comme si on avait gagné la Coupe de l’UEFA. Comme quoi, il y a des finales que tu perds mais qui restent. Tout le monde se souvient de ce quart de finale retour contre le Milan AC. La finale contre le Bayern, c’est mon dernier match avec Bordeaux. Je sors sur civière au bout de vingt minutes à cause de Kostadinov qui me découpe. Une entaille de huit centimètres sur le genou qui a failli me faire rater l’Euro.

Après Bordeaux, vous optez pour Bilbao, devenant au passage le premier non-Espagnol à signer dans ce club. Que reste-t-il de ce passage là-bas ?
Ce n’est pas un super souvenir. Je souffrais d’un début de pubalgie sur ma fin de saison avec Bordeaux. J’ai traité cette blessure avec un peu d’insouciance et de légèreté car je pensais que cela allait finir par passer. Quand je débute avec Bilbao, j’ai des douleurs assez vives. Je suis opéré en novembre et à l’arrivée, je vis une année assez tendue. J’avais envie de faire mes preuves. Et finalement, je m’en vais au bout d’un an.

A cause de votre difficile cohabitation avec Luis Fernandez ?
Ce n’est pas lui qui m’avait fait venir à Bilbao. Il est arrivé après les négociations avec les dirigeants. Physiquement, je ne pouvais pas m’exprimer comme je le souhaitais. J’ai choisi de partir car je ne voyais pas d’autre issue. J’avais besoin de quelque chose de nouveau. Ce n’était pas évident de rejoindre le Bayern. En optant pour l’Espagne, je restais dans une culture proche de la mienne. Mais partir en Allemagne a été le meilleur choix de toute ma carrière

Ce club était fait pour moi. Il y a un professionnalisme, un sérieux, une culture de la compétition et de la gagne, une organisation qui m’allait bien

Qu’avez-vous trouvé là-bas de si exceptionnel ?
Ce club était fait pour moi. Il y a un professionnalisme, un sérieux, une culture de la compétition et de la gagne, une organisation qui m’allait bien. J’ai beaucoup aimé les méthodes de travail du Bayern et j’ai eu la chance de tomber sur une incroyable génération de joueurs avec qui j’ai tout gagné. Pareil avec un entraîneur mentor comme Ottmar Hitzfeld. J’ai eu avec lui la même relation qu’avec Aimé Jacquet en équipe de France. Deux entraîneurs qui me correspondaient parfaitement, avec qui tu peux parler, échanger librement et qui te donnent confiance. Donc tu donnes le meilleur de toi-même.

Le tableau a été moins idyllique lors de votre bref retour en France du côté de l’OM…
Quand Hitzfeld a quitté le Bayern en 2004, j’ai commencé à mûrir cette idée de terminer ma carrière en France. Au début avec José Anigo, cela se passait plutôt bien pour moi mais tout s’est gâté avec le changement d’entraîneur (ndlr : Troussier débarque en novembre et l’écarte du groupe). Très vite, j’ai décidé de retourner au Bayern. Encore une fois, c’était une très bonne décision.

Vous êtes même désigné meilleur latéral de Bundesliga, six mois après avoir été mis de côté à Marseille. Une belle revanche ?
Dans une carrière, il y a toujours des petits incidents de parcours. A Bilbao, je pensais que ce serait quelque chose de bien et finalement, les choses ne se sont pas goupillées comme voulu. A cause d’une pubalgie en l’occurrence. A Marseille, c’était autre chose. Mais ce que je retiens, c’est que j’ai su réagir très vite à chaque fois. On ne peut pas tout savoir dans la vie et il faut expérimenter les choses. Mais quand tu vois que cela ne te correspond pas, il ne faut pas tergiverser.

Vous avez connu à Marseille la défiance d’un entraîneur. A contrario, Aimé Jacquet vous a accordé une confiance absolue avec les Bleus, au point de vous convoquer à Tignes alors que vous êtes blessé…
Je suis quelqu’un de reconnaissant et c’est dans la difficulté qu’on devine la qualité des gens. On connait tous des situations un peu plus difficiles et le soutien d’Aimé dans une période où je doutais de mes capacités physiques, c’était énorme. Une pubalgie, c’est une vraie galère. Regardez Verratti comme il a galéré ! Aimé m’a dit de m’accrocher, de travailler et que je serai son arrière gauche. Je peux vous dire que vous y pensez tous les jours et que vous avez envie d’en faire encore plus. Pour moi, c’est ça la relation entre un joueur et un entraîneur. C’est un discours de confiance, de vérité… Avec Hitzfeld, c’était pareil. On s’envoie un message chaque année, on se prend dans les bras quand on se croise… Mais avec d’autres, tu ne peux pas rendre de la même façon. Ou alors tu n’as même plus envie de travailler avec eux. Mais c’est normal. Il y a un feeling important dans ce genre de relation.

On était une muraille et j’ai adoré. C’était sûrement plus beau en 2000 mais c’était plus jouissif en 1998

Aimé Jacquet a-t-il été la pierre centrale de votre carrière ?
C’est quelqu’un qui est clair dans son discours, dans son projet, dans son organisation. Et surtout dans sa manière de vous parler en tête-à-tête. Lui, on sait qu’il ne vous fera pas de la flûte (sic). J’avais aimé travailler avec Goethals mais j’étais jeune. Là, que ce soit avec Aimé mais aussi avec Hitzfeld, j’étais davantage aguerri dans les relations humaines. J’avais une sorte d’exigence dans cette relation de confiance et d’échange. J’étais un joueur qui posait des questions, qui s’intéressait à la tactique… Avec Hitzfeld, on a notamment beaucoup parlé de la manière dont on défendait avec les Bleus. Tout le monde affirme que Conte a inventé la défense à trois mais en Allemagne, tout le monde jouait comme ça quand je suis arrivé. Mais Hitzfeld a opté pour une défense à quatre car la France évoluait comme ça. J’ai toujours aimé avoir ce genre de conversation. J’aime qu’on m’explique. Avec Jacquet, il y avait ça.

Le sommet dans le jeu avec les Bleus, c’est l’Euro 2000 ?
Oui mais en même temps, on commençait à avoir ce léger déséquilibre qui a failli nous coûter cher en finale. On était un peu trop aspiré par l’attaque et on pensait que ce serait une formalité grâce à notre talent offensif. Mais les Italiens nous ont contrés et on a eu de la réussite ce jour-là. Personnellement, en tant que défenseur, c’est 1998 qui reste le meilleur moment. Je n’ai jamais ressenti une telle force. On se sentait infranchissable. Si tu étais passé, il y avait toujours une double lame qui te laissait le temps de revenir. On était une muraille et j’ai adoré. C’était sûrement plus beau en 2000 mais c’était plus jouissif en 1998.

Propos recueillis par Olivier DE LOS BUEIS (@odlb) et Nicolas PUIRAVAU (@nikop17)

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