La dure réalité d’anciens millionnaires du ballon rond



On n’en parle peu, mais les footballeurs ne sont pas à l’abri des soucis d’argent. Pire encore, ils sont nombreux à connaitre la faillite à la fin de leur carrière. 4-4-2 a mené l’enquête.

Un footballeur qui a joué pour trois des plus grands clubs européens éclate en sanglots, en apprenant qu’il allait bientôt faire faillite. Un président de club de Premier League soupire avant d’accorder à son capitaine une énième avance sur salaire, après des pertes catastrophiques à une table de roulette. Un joueur défend sa cause devant un tribunal, essayant de convaincre un juge de réduire sa pension alimentaire après avoir dilapidé toute sa fortune.

Non, ce ne sont pas les intrigues d’une nouvelle série sur le football et ses coulisses, mais bien de vraies histoires, qui touchent trois joueurs qui évoluent actuellement en Premier League. C’est un chiffre méconnu et effrayant : 40% des footballeurs qui foulent les pelouses de l’élite anglaise doivent faire face à des problèmes financiers au cours de leur carrière et/ou une fois à la retraite. Mais quand le salaire annuel moyen d’un joueur de Premier League est si élevé (environ 160 000 € par mois), comment peut-on se retrouver dans une telle situation ?

Pour certains, les problèmes commencent dès la signature de leur premier contrat professionnel. Trop d’adrénaline, sans doute. Un jeune joueur de Liverpool a ainsi récemment déchiré l’enveloppe de son premier salaire et foncé directement vers un concessionnaire automobile près du terrain d’entraînement de Melwood. Il s’est offert un Range Rover flambant neuf avant de se rendre compte un peu plus tard qu’il n’avait pas les moyens d’assumer les remboursements mensuels.

ARRIVER EN PUNTO, ÇA NE LE FAIT PAS…

Mis au courant des difficultés de leur joueur, les dirigeants de Liverpool ont appelé Peter Fairchild, un spécialiste fiscal qui offre des conseils financiers aux jeunes footballeurs des centres de formation. « Il avait confondu son revenu net et son revenu brut, explique-t-il à 4-4-2. J’ai dû lui montrer ce qu’il gagnait réellement, après que le fisc ait pris sa part. Heureusement, nous avions une bonne relation avec le garage et ils étaient prêts à reprendre la voiture. »

Pour Peter Fairchild, l’image renvoyée par des joueurs plus expérimentés (et forcément plus riches) joue un grand rôle dans ce genre d’erreur financière. « Les jeunes viennent au club et voient une flotte de voitures de luxe sur le parking du terrain d’entraînement. Alors forcément, ils ne veulent pas être vus au volant d’une Fiat Punto. » L’ancien prodige d’Everton, Danny Cadamarteri, a fait ses débuts à 17 ans et a vécu une expérience assez similaire. « J’ai vu des joueurs fortunés arriver à l’entraînement avec des sacs de luxe et des voitures rutilantes, se souvient-il pour 4-4-2. Et je sentais que je devais faire la même chose. C’est facile de se laisser entraîner dans tout ça. »

Ces petites erreurs de jeunesse semblent malgré tout assez insignifiantes en comparaison de ce qui arrive actuellement à un joueur de premier plan, qui évolue en Premier League et qui est convoité par un club de Londres. Le jeune homme de 24 ans gagne 40 000 euros par semaine. Et pourtant, il a du mal à joindre les deux bouts à la fin du mois après avoir accepté de grassement salarier plusieurs membres de sa famille, ainsi que des amis et des connaissances. Autant d’emplois qui constituent un entourage aussi vaste qu’inutile pour un footballeur…

SAHA : « J’AI PERDU UNE SOMME À SIX CHIFFRES »

On touche là l’un des problèmes des grands joueurs de football : les vrais amis ne sont pas forcément ceux que l’on imagine. Agents, conseillers financiers et autres hommes d’affaires cherchent souvent à se lier d’amitié avec des joueurs avant de promettre de multiplier leurs gains en échange d’investissements importants. « A un moment donné, j’avais devant moi trente offres de personnes différentes », avouait Louis Saha récemment à 4-4-2. L’ancien attaquant de Manchester United, d’Everton et de Tottenham connait bien cet aspect du milieu. « Quand vous êtes un joueur, vous n’avez pas le temps de faire vos recherches correctement et de déterminer à qui faire confiance. Il est difficile de dire non et de refuser d’investir. »

 

L’ancien Bleu, désormais âgé de 40 ans, a vécu une expérience très désagréable et s’est brûlé les doigts suite à de mauvais conseils financiers. Il y a quelques années, il était ainsi persuadé d’investir de l’argent dans un programme géré par une banque britannique, qui promettait de récupérer une part d’impôts s’il investissait dans certaines sociétés technologiques. Les dividendes ont tardé à se matérialiser. « Et j’ai fini par perdre une somme à six chiffres, admet Saha. Après cela, j’ai commencé à faire beaucoup plus attention à l’argent car je savais que je devais être plus prudent. »

Louis Saha n’est évidemment pas le seul à se laisser tenter par des investissements lucratifs. Très récemment, un footballeur de Premier League a été sur le point de perdre plus de 110 000 € dans un projet immobilier au Maroc, qui lui avait été recommandé par un coéquipier. « Je lui ai dit de regarder l’endroit sur Google Earth car il ne savait même pas où c’était, explique Peter Fairchild, rapidement mis sur le coup. Pour arriver sur place, il fallait prendre l’avion jusqu’à Marrakech puis un vol intérieur, avec pour finir un trajet de trois heures en voiture. J’ai demandé au joueur s’il imaginait qu’on pourrait envoyer de la main-d’œuvre et des matériaux de construction sur place. Il a heureusement changé d’avis. » Lui n’a pas investi. Mais d’autres sont tombés dans le panneau et y ont laissé quelques plumes.