Bienvenue dans le club des 500 buts !



En inscrivant 608 buts avec le Barça, Lionel Messi est le seul buteur actuel à faire partie d’un groupe très fermé de joueurs qui ont marqué plus de 500 fois pour un seul et même club. Tour d’horizon de ces serial-buteurs.

GERD MULLER
Bayern Munich, 1964-1979
566 BUTS

Robert Lewandowski a conclu la saison 2015-16 avec 30 buts au compteur en Bundesliga. Une performance que personne n’avait signée lors des trois dernières décennies et qui a valu une pluie de compliments au joueur du Bayern Munich. Les experts du foot allemand ont longuement débattu pour savoir si Thomas Muller et Pierre-Emerick Aubameyang seraient en mesure de dépasser l’attaquant polonais. Mais personne n’a mentionné le chiffre magique atteint par un joueur, 45 ans auparavant. Les vrais amateurs du foot allemand savent pourtant que le record de buts en une saison, détenu par Gerd Muller, n’est pas prêt d’être battu. Car lors de la saison 1971-72, l’attaquant du Bayern a marqué 40 fois en 34 matchs.

Quelques records de Muller ont été battus ces dernières années. Celui de buts inscrits avec la sélection allemande (69) est tombé en juin 2014 dans l’escarcelle de Miroslav Klose (71). Ce dernier lui a aussi piqué le record de buts marqués en Coupe du Monde (16 contre 14 pour Muller). En 2012, c’est Messi qui avait effacé son illustre prédécesseur des tablettes en faisant trembler les filets 91 fois dans une année civile (85 pour Muller). Mais ce chiffre de 40 buts en une saison de Bundesliga s’est révélé pour le moment hors de portée.

Le Bayern n’a pas vraiment dominé le championnat cette saison-là. C’est au contraire Schalke 04 qui a fait régulièrement la course en tête. Et alors que Muller avait la réputation de se mettre en route lentement, cela s’est confirmé en 1971. Il n’avait inscrit qu’un seul but au bout de cinq matchs et seulement quatre après la dixième journée. Quand la trêve hivernale est arrivée, rien ne laisser donc présager que cette saison serait historique. Le Bayern occupait la deuxième place, à trois points de Schalke, et Muller avait la tête ailleurs.

Pendant des mois, il avait essayé d’être transféré à l’étranger, malgré un contrat qui courait jusqu’en 1973. Le Milan AC et l’Inter le faisaient rêver mais impossible pour lui de rejoindre l’un de ces clubs, l’Italie n’ayant pas encore autorisé le recrutement de joueur étranger. Malgré cela, son message a été clair quand il déclara en janvier 1972 qu’il y avait 80% de chances qu’il quitte le Bayern en fin de saison. Cette situation ne plaisait pas au sélectionneur allemand, Helmut Schön, qui craignait pour la forme de son attaquant avant de se rendre à l’Euro.

Il demanda alors à Muller d’arrêter de parler. Pourtant, le joueur semblait s’épanouir dans ce chaos qui l’entourait. En février, il a inscrit cinq buts contre Oberhausen puis est parti quelques jours à Rotterdam pour négocier avec le Feyenoord. Un stratagème pour renégocier son salaire sur les mêmes bases que celui de Franz Beckenbauer ? Si c’était son plan, cela a fonctionné. À la fin mars, Muller signait un nouveau contrat plus lucratif avec le Bayern. Dans la foulée, il marqua six buts en trois matchs pour porter son total à 40. Et il restait encore deux matchs à jouer…

Bizarrement, Muller n’inscrit plus aucun but en championnat. Et quand le Bayern écrasa Schalke (5-1), assurant le titre aux Bavarois, cinq joueurs inscrivirent un but. Mais pas « Der Bomber », l’un des meilleurs buteurs de l’histoire du football.

JOSEF BICAN
Slavia Prague, 1937-1948
534 BUTS

« Si j’ai cinq occasions, je marque cinq buts. Et si j’en ai sept, j’en marque sept. » Josef Bican n’était pas connu pour sa modestie. Mais quand on marque autant de buts, on peut se permettre ce genre de sortie. En 274 matchs pour le Slavia Prague, entre 1937 et 1948, Bican a scoré 534 fois. Soit une moyenne hallucinante de 1,95 but / match…

Bican est né à Vienne en 1913. Son père Frantisek, footballeur pour le Hertha Vienne, meurt à l’âge de 30 ans après avoir refusé une opération suite à une blessure rénale subie lors d’un match. Sa famille n’a pas d’argent et son fils va grandir dans la pauvreté. C’est dans la rue que Bican a appris à jouer et qu’il a notamment développé son extraordinaire contrôle de balle. « Il avait toutes les qualités d’une star du foot, a déclaré l’ex-joueur du Slavia, Jan Andrejkovic. Une excellente technique, une vision du jeu parfaite, un jeu de tête exceptionnel, des passes précises… Et il était aussi un buteur incroyable. »

Attaquant puissant, Bican courait également le 100 mètres en 10,8 secondes. Mais on se souvient surtout de la finesse de son jeu, de ses frappes placées, de ses dribbles chaloupés et de ses jongles avant de marquer. Membre de la « Wunderteam » autrichienne de Hugo Meisl, il a disputé une demi-finale lors de la Coupe du Monde 1934, battu par les hôtes italiens. L’arbitre suédois, Ivan Eklind, avait dîné avec Benito Mussolini avant ce match…

Après avoir gagné trois fois le championnat autrichien avec le Rapid et l’Admira Vienne, Bican a rejoint le Slavia Prague en 1937. Il fascinait les supporters lors des entraînements, tirant sur des bouteilles accrochées à la barre transversale pendant les séances d’entraînement. Certains fans racontaient que dans ses mauvais jours, il ratait son coup une fois sur dix. Ce qui est certain en revanche, c’est que Bican s’entraînait énormément.

Meilleur buteur de la Ligue tchèque à douze reprises (il a inscrit sept buts dans un match à trois reprises), il était également l’attaquant le plus prolifique d’Europe entre 1939 et 1944. Un exploit à relativiser car de nombreux grands rivaux de Josef étaient partis à la guerre. Lui jouait sous protectorat nazi. Sa renommée a fait des jaloux et on l’a surnommé le « le bâtard autrichien ».

Aurait-il réussi à marquer autant de buts dans un meilleur championnat ? Cette question l’a poursuivi tout au long de sa vie mais on ne le saura jamais. Après la Seconde Guerre mondiale, la Juventus lui a pourtant fait une offre intéressante. Mais craignant que l’Italie ne soit dirigée par des communistes, il est resté à Prague. Où il a vécu sous le joug de l’URSS.

En 1953, Bican participait au défilé officiel du 1er mai, pour saluer le triomphe du communisme tchèque, quand la foule l’a reconnu. Les « Longue vie au président Zapotocky » du speaker ont été noyés par des « Longue vie à Bican » qui n’ont que modérément été appréciés par le chef du gouvernement. Et quand Bican a pris sa retraite en 1955, à l’âge de 42 ans, on l’a envoyé balayer des routes.

JIMMY MCGRORY
Celtic, 1922-1937
522 BUTS

Celtic – Dunfermline ! 9-0
Buts : McGrory (1ere, 5eme, 9eme, 21eme, 60eme, 62eme, 63eme et 85eme) et Thomson (42eme) pour le Celtic

Un simple tableau d’affichage peut en dire beaucoup plus qu’un long résumé. Ce que ne dit pas en revanche cette feuille de match, c’est que Jimmy McGrory aurait pu, ce 14 janvier 1928, marquer dix fois. Mais l’arbitre l’a privé de cet exploit en refusant un but pour hors-jeu et un autre en oubliant de laisser jouer l’avantage. Qu’importe, ces huit buts de McGrory lui ont valu l’un de ses nombreux surnoms : « The Eighth Wonder ». Le héros du Celtic a également été appelé « Le prince de Garngad » (le quartier de Glasgow où il a grandi) et « The Mermaid » (la sirène), en raison de ses nombreuses têtes plongeantes. Beaucoup d’avant-centres étaient forts dans le jeu aérien à cette époque mais McGrory, malgré son 1,70m, était le meilleur de tous. « Le cauchemar de tous les gardiens », dixit Bill Paterson, gardien d’Arsenal.

Une tête dure, un cou de taureau et un bon timing : voilà la recette de McGrory pour propulser le ballon à grande vitesse et avec une adresse incroyable. Il faisait avec sa tête ce que beaucoup de joueurs n’arrivaient à faire avec leurs pieds. Vous voulez une preuve ? Jack Harkness, malheureux gardien de but des Queen’s Park, a essayé un jour de bloquer un coup de tête de McGrory. Bilan : trois doigts cassés.

L’attaquant n’était pas maladroit non plus balle au pied. Débutant avec les Celtic en 1922 comme ailier gauche, McGrory s’est fait un nom grâce à un style agressif et des frappes puissantes des deux pieds. Un gentleman qui n’avait peur de rien.

McGrory a été le meilleur buteur en Europe lors des saisons 1926-27 et 1935-36, avec respectivement 49 et 50 buts En 1927-28, il a inscrit 63 buts toutes compétitions confondues. Et il possède toujours record en Grande-Bretagne avec 55 hat-tricks, le plus rapide en trois minutes contre Motherwell. S’il avait tiré les penaltys, il aurait encore gonflé ses stats mais il a arrêté l’exercice après deux échecs en trois tentatives. Il aurait peut-être dû essayer de la tête…

Malgré les exploits de McGrory, le Celtic a attendu dix ans et 1926 pour être de nouveau champion d’Écosse. Un titre que le joueur ne remportera que quatre fois. C’est peut-être la raison pour laquelle McGrory ne compte que sept sélections en équipe nationale (6 buts), souvent laissé de côté aux dépens de son rival Hughie Gallacher. C’est pourtant en sélection que le joyau du Celtic a marqué le but vainqueur contre l’Angleterre en 1933, exploit chanté par 134 170 fans qui a donné naissance au légendaire « Hampden Roar ».

Refusant d’être transféré à Arsenal, ce qui aurait permis au Celtic d’empocher une grosse somme, McGrory a été puni financièrement, son salaire étant moins élevé que ses coéquipiers. Et quand l’histoire a été connue, son seul commentaire a été le suivant : « Cela valait la peine de jouer avec le maillot vert et blanc. » Tel était le dévouement de McGrory à la cause des Bhoys (supporters du Celtic).

De retour à Parkhead en tant que manager en juillet 1945, McGrory est décédé en 1982, à l’âge de 78 ans. Mais sa célébrité persiste. Il est le dernier héros des Bhoys.

PELÉ
Santos, 1956-1974
643 BUTS

Demandez à n’importe quel supporter de la Juventus, âgé de plus de 65 ans, où il se trouvait le 2 août 1959… Il vous dira qu’il regardait Pelé, âgé de 18 ans, marquer le plus beau des 643 buts qu’il a marqués pour Santos ! Non, le jeune Brésilien ne faisait pas de misères aux Italiens ! Mais la Juve en question est un club de Sao Paulo, fondé par des immigrants turinois en 1924.

Des dizaines de milliers de supporters prétendent avoir assisté au but du siècle, même si la capacité du stade Rua Javari à l’époque était de 10 000 places. Mais ce but a toujours eu un côté mystique, accentué par le fait qu’il n’a pas été filmé. Pelé, qui avait remporté sa première Coupe du Monde un an plus tôt, a dû d’attendre la sortie d’un film en 2004 pour enfin voir ce but sensationnel. Les cinéastes ont en effet utilisé une combinaison de témoignages pour recréer par ordinateur le but légendaire du Roi.

Alors, qui mieux pour décrire à 4-4-2 cet exploit que l’homme qui était dans les buts ce jour-là ? « Santos menait déjà 3-0 et j’ai soudain vu Pelé sprinter au milieu du terrain, nous raconte l’ancien gardien de la Juventus, Durval de Moraes. Au moment du centre, j’ai crié à l’un de nos défenseurs, Julinho, de faire attention à Pelé. Je pensais qu’il serait capable de dégager le ballon. Mais Pelé a été plus rapide et l’a devancé. Il a fait passer le ballon au-dessus de sa tête et l’a refait deux autres fois sur deux défenseurs. À ce moment-là, il ne restait plus que moi et il m’a fait la même chose ! »

Quatre coups du sombrero consécutifs pour éliminer trois défenseurs et un gardien. Avant de pousser le ballon dans le but avec sa tête. « Je ne dis pas cela juste parce que le but a été marqué contre mon équipe, poursuit De Moraes, mais je n’ai jamais vu un but plus beau. Il n’y a aucun moyen de le comparer à un autre. Pas même les plus grands buts de Maradona, Messi ou Ronaldo. »

Les supporters de la Juve, qui s’étaient auparavant moqués de Pelé, n’avaient d’autres choix que d’applaudir, tout comme l’arbitre et les joueurs adverses. « Je suis arrivé trop tard pour le contrer mais je pense qu’il aurait aussi fait passer le ballon au-dessus de ma tête, estime Lima, qui rejoindra ensuite Pelé à Santos. Les supporters l’ont applaudi pendant près de dix minutes. » Mais certains joueurs de la Juve n’ont pas apprécié et ont cherché à punir leur adversaire. A tel point que Pelé, irrité par cette opposition rugueuse, s’est presque fait expulser suite à un coup de pied sur Pando, le libéro de la Juventus. Ce dernier a dû être conduit à l’hôpital pour une opération à son genou qui lui a valu trois belles cicatrices. De toute évidence, quand vous êtes le meilleur footballeur du monde, le pardon est plus facile à trouver.

FERNANDO PEYROTEO
Sporting, 1937-1949
544 buts

Qui est le meilleur footballeur portugais de tous les temps ? En dehors du Portugal, la plupart des gens suppose que la réponse se situe entre Eusebio, Luis Figo et Cristiano Ronaldo. Mais au pays, un troisième nom est souvent évoqué : l’attaquant Fernando Peyroteo, qui reste le meilleur buteur du championnat portugais.

Fernando, né en mars 1918 au sein d’une famille de colons blancs, jouait pour le Sporting Luanda en Angola. Avant de rejoindre la capitale portugaise en 1937, en raison de la détérioration de la santé de sa mère. Un ami lui a alors suggéré de signer pour le Sporting. Ignorant une offre plus attrayante de Porto, il signe pour les Lions et trouve sa place dans une légendaire ligne d’attaque poétiquement appelé les Cinq Violons, aux côtés d’Albano, de Jésus Correia, de José Travassos et de Manuel Vasques.

Musclé, corpulent… et poilu, Peyroteo ressemblait plus à un joueur de rugby qu’à un goleador. Mais son jeu ne reposait pas sur la puissance. Le peu d’images qui ont survécu le montrent en train d’esquiver les défenseurs. Il pouvait marquer avec les deux pieds et avait suffisamment d’intelligence prendre le jeu à son compte. Il a été le principal violoniste de l’ère dorée du Sporting et a été le leader de l’attaque de son pays, marquant 15 buts pour le Portugal dans une carrière internationale qui a été affectée par la Seconde Guerre mondiale.

Peyroteo ne tarda pas à briller à Lisbonne, marquant un hat-trick lors de son premier match amical puis deux nouveaux buts en match officiel contre Benfica : il est alors âgé de 19 ans. La publication Stadium commenta : « Avec un excellent physique, mettant du rythme et une belle frappe, Peyroteo n’a montré aucun signe de nervosité pour ses débuts. » Dans sa première saison, en 1937-38, Peyroteo marqua 57 buts en 30 matchs pour terminer la saison en tant que meilleur buteur du championnat (comme il l’a fait dans cinq des dix saisons suivantes). Et lors d’une remarquable saison 1946-47, il a marqué 47 buts en seulement 23 matchs.

Peyroteo a remporté cinq titres de champion ainsi que cinq Coupe du Portugal avec le Sporting, inscrivant 544 buts au total. Mais cette gloire ne l’a pas rendu riche. Quand il a commencé avec le Sporting en 1937, il a été payé l’équivalent de 3,50 € par mois. Il a pris sa retraite en 1949, âgé de 31 ans, essayant de rembourser la dette de son magasin de sport et physiquement épuisé. « Je me sens comme un ancien combattant qui ne peut aider le club comme il le devrait », avait-il sobrement expliqué. Peyroteo a par la suite dirigé le Portugal, brièvement, et l’une de ses dernières décisions fut de sélectionner Eusebio, à 19 ans, pour faire ses débuts contre le Luxembourg en 1961.

UWE SEELER
Hambourg, 1953-1972
507 BUTS

Finale de la Coupe d’Allemagne de l’Ouest 1963. Le match a commencé depuis 30 minutes lorsque Dörfel, ailier gauche d’Hambourg, prend de vitesse la défense du Borussia Dortmund et s’apprête à centrer. Au point de penalty, il aperçoit le maillot d’un partenaire mais également un défenseur bien plus grand au marquage. Pas de quoi le dissuader de centrer, bien au contraire. Il était même convaincu qu’il y aurait but s’il s’appliquait un minimum.

Le joueur d’Hambourg dans la surface se nomme Uwe Seeler. Un attaquant redoutable dans le jeu aérien malgré ses 169 cm. Quelques années plus tard, dans un documentaire sur la carrière de Seeler, Bobby Charlton se souvint qu’après avoir été battu par Hambourg lors d’un match amical au cours des années 50, il était resté debout dans le vestiaire de Manchester United, demandant à son équipe : « Qui était ce petit gars en attaque ? Et comment cela se fait-il qu’il saute plus haut que nos grands défenseurs ? »

Seeler arrivait à prendre les ballons de la tête grâce à un haut du corps puissant, un excellent timing et une énorme volonté. Lors de cette finale de 1963, quand Dörfel centra en direction de Seeler, il s’imposa dans les airs malgré le défenseur de Dortmund accroché à son bras et la sortie du gardien. Deux minutes plus tard, nouveau centre de Dörfel depuis son aile gauche et nouveau but de Seeler.

Il n’est pas exagéré de dire que Seeler a été l’une des principales raisons de la restructuration cruciale du jeu allemand. Deux ans plus tôt, en avril 1961, l’entraîneur de l’Inter, Helenio Herrera, s’était rendu à Hambourg pour offrir à la star allemande un contrat lucratif. Seeler était âgé de 25 ans et il touchait 500 marks par mois en semi-pro (un peu plus de 1000 €). Herrera lui offrait un bonus à la signature d’un demi-million et un salaire annuel de 155 000 marks. Seeler a pesé le pour et le contre pendant deux jours avant d’informer Herrera qu’il préférait rester avec le club de ville natale.

Sa fidélité à Hambourg a joué un rôle clé dans sa décision mais Seeler savait également qu’il serait banni de l’équipe nationale s’il décidait de passer professionnel. Sa décision a été largement célébrée et il est devenu un héros local, même une icône nationale avec comme surnom « Notre Uwe ». Il a été l’un des rares joueurs à être accueillis chaleureusement partout où il passait. Combien d’autres joueurs de haut niveau se détournerait d’un contrat mirobolant à l’étranger ?

Cet épisode a convaincu les plus sceptiques qu’il était finalement temps pour le football allemand de devenir complètement professionnel. La Bundesliga se révélera rapidement très compétitive, et peut-être même trop compétitive pour Hambourg. Jusqu’à ce que Seeler raccroche en 1972, le club ne parviendra pas à terminer plus haut que la cinquième place. Il n’a pas eu non plus la réussite espérée en équipe nationale, perdant en finale de la Coupe du Monde 1966 à Wembley et la fameuse demi-finale de 1970 contre l’Italie au stade Aztèque. Mais il a tout de même gagné deux trophées pendant ses 19 ans sous les couleurs de Hambourg : le championnat en 1959-60 et la finale de la Coupe en 1963. D’ailleurs, à six minutes de la fin de ce match, Seeler trouva de nouveau les filets d’un tir puissant. Le premier hat-trick d’un joueur lors d’une finale de Coupe d’Allemagne.

JIMMY JONES
Glevanon, 1951-1962
517 BUTS

« Je suis là pour marquer des buts ». C’est ainsi que Jimmy Jones a clairement qualifié son rôle. Une telle détermination a bien servi l’Irlandais du Nord : il a inscrit 517 buts pour Glenavon, remportant trois championnats et trois Coupes. En 1956-57, le costaud et courageux attaquant a marqué 74 buts toutes compétitions confondues.

Ces chiffres sont d’autant plus impressionnants que Jones a presque perdu une jambe au début de sa carrière à la suite d’un lynchage lors du derby entre son premier club, le Belfast Celtic, et Linfield, le 27 décembre 1948. Situé à moins d’un kilomètre l’un de l’autre, les deux rivaux avaient des racines religieuses différentes : le Belfast Celtic était catholique (bien que Jones soit protestant) et Linfield fièrement protestant.

Dans l’un des plus célèbres matchs nuls de l’histoire du football (1-1), Jones cassa accidentellement la cheville d’un adversaire lors d’une collision. Après le coup de sifflet final et l’égalisation de Linfield à la dernière minute, trente supporters déchaînés ont voulu venger leur joueur, se ruant sur Jones et le jetant « comme une poupée de chiffon », comme un rapport l’a décrit, avant de le piétiner. Lorsqu’il a été secouru, Jones était ensanglanté et à peine conscient. Sa jambe droite, broyée, a été sauvée de justesse par des chirurgiens mais mesurait trois centimètres de moins que sa jambe gauche.

À seulement 20 ans, Jones se retrouvait sans équipe et avec une carrière compromise. Après avoir entrepris de s’entraîner de nouveau, malgré la douleur, il se rétablit pour jouer pour Larne puis la réserve de Fulham. Il aurait pu jouer en équipe première mais la Football League a rejeté son inscription sur un aspect technique. Il décida donc de retourner en Irlande du Nord pour rejoindre Glenavon en 1951.

Il n’y avait pas trop de finesse dans le jeu de Jones. Le président de Glenavon, Adrian Teer, le décrivait ainsi : « Lorsque vous avez vu Jimmy sur un terrain, vous vous êtes demandé ce qu’il pouvait faire. » Mais il pouvait marquer des deux pieds et avait un excellent jeu de tête, ainsi qu’une frappe de balle incroyable.

Finalement, le plus gros défaut de Jimmy Jones était sa passion pour la moto. Il rendait fou son coach à Glenavon, Jimmy McAlinden, en participant régulièrement au Grand Prix de l’Ulster. A juste titre puisque Jones s’est cassé la clavicule lors d’une chute. Mais sa carrière ne s’est arrêtée qu’en 1965, à Newry. Il avait 37 ans. Bien qu’il ait marqué 646 buts dans sa carrière, on peut se demander ce que Jones aurait pu accomplir sans ce jour maudit de 1948. Les sélectionneurs irlandais en ont-ils tenu compte ? Il a honoré seulement trois sélections mais a prouvé qu’il aurait pu jouer à un niveau plus élevé lors d’une victoire 5-3 contre une équipe britannique à Anfield en 1954. Il marqua deux fois, prouvant qu’une jambe plus courte n’était pas un défaut insurmontable.